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L'Antigone de Sophocle, par Satoshi Miyagi, triomphe dans la Cour d'Honneur

Rituels

• 10 juillet 2017⇒12 juillet 2017 •
L'Antigone de Sophocle, par Satoshi Miyagi, triomphe dans la Cour d'Honneur - Zibeline

Lemi Ponifasio met en scène un groupe de huit Samoanes fascinantes, dans un rituel sacrificiel. Psalmodiant, chantant, criant, faisant danser des balles et leurs corps, elles se mettent à nu, dans un acte ultime où il est question de souffrance et de mort, mais qui reste obscur. Très beau, archaïque dans ses évocations et contemporain dans sa mise en lumière, en lenteurs et en symboles, Standing in time semble volontairement indéchiffrable : les paroles ne sont pas traduites, la feuille de salle est ésotérique, et on ne sait ce que représentent les personnages et quelle histoire elles racontent.

Il en va tout autrement d’Antigone de Sophocle, mis en scène par Satoshi Miyagi, qui triomphe dans la Cour d’Honneur. L’entreprise de monter du théâtre antique, fondement de nos mythes européens, en empruntant aux traditions japonaise et vietnamienne, en particulier au Kabuki, au théâtre d’ombre ou sur l’eau, pouvait paraître étrange. Elle est d’une pertinence inattendue. Dans ce rituel bouddhiste réinventé tous les éléments du théâtre grec -les chœurs, et la musique, l’alternance des scènes de groupe, des dialogues, stichomythies et tirades- retrouvent sens et beauté, et le théâtre l’épaisseur rêvée des mythes. La Cour d’Honneur, habitée d’une spiritualité nouvelle, résonne d’un discours sur le bien et le mal, le pardon, l’innocence retrouvée des morts, l’orgueil de Créon qui veut faire la loi, l’orgueil d’Antigone qui pense être l’outil des dieux. Chaque personnage, incarné par un corps et une ou plusieurs voix, dépasse son enveloppe individuelle, devient une figure, une ombre projetée sur l’immensité du mur. Du chœur habillé de blancs translucides, portant à la fois armure et kimono, surgissent les caractères, maquillés et coiffés, individus un temps puis retournant vers la communauté chorale. Vers la cérémonie théâtrale retrouvée, loin de nos scènes classiques, et transcendance unanimiste de notre théâtre contemporain.

Lors de la première, hommage était rendu à Pierre Henry disparu ce jour-là, et à sa Messe pour le temps présent créée dans la Cour 50 ans auparavant. Ce théâtre-là, venu du bout du monde, revient vers nous abreuvé à la source de notre culture occidentale, commune jusqu’au Soleil Levant. Mais qui gagnerait à se nourrir d’Orients…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2017

Antigone et Standing in time ont été créés les 6 et 7 juillet au Festival d’Avignon 2017.
Retrouvez toutes nos critiques sur le In et le Off dans le n°109 de Zibeline, à paraître le 15 juillet.

Photo : Antigone, Satoshi Miyagi -c- Christophe Raynaud de Lage


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