Se réconcilier avec nos morts, en suivant le Citron Jaune au Musée départemental Arles antique

Rions en attendant la mort

Se réconcilier avec nos morts, en suivant le Citron Jaune au Musée départemental Arles antique - Zibeline

En clôture de son événement Conversations Arts Sciences, le Citron Jaune a convié le public à un tour dans les allées du Musée départemental Arles antique, pour une réconciliation avec nos morts.

Dans l’intention de faire dialoguer arts et sciences, la parole était donnée en première partie de soirée aux conservateurs. En salle, une conférence sur le traitement des restes humains dans les musées. Simultanément dans les rayonnages du musée, une déambulation dans l’allée des sarcophages, pour découvrir l’évolution des rites funéraires, du Bas-Empire romain jusqu’au Haut Moyen-Âge. Il s’agissait alors de tenir nos disparus à la porte de la cité, mais aussi de leur rendre hommage pour éviter qu’ils ne nous hantent, en leur fixant par exemple rendez-vous annuel lors des banquets funéraires. Les vivants y festoyaient alors sur la tombe de leur défunt, permettant ainsi à ce dernier de recréer famille autour de lui une fois par an. 

Et c’est bien pour « créer de nouvelles relations avec nos rituels mortuaires » que Les Trois points de suspension nous présentaient ensuite une étape de travail de leur prochaine création, Hiboux. Habituée de spectacles documentés et rigolards venant secouer nos us collectifs, la compagnie de théâtre de rue a déjà par le passé revisité la Françafrique, l’état de transe ou encore les bains collectifs. Après l’installation du public sur un gradin encerclant les trois artistes, le comédien musicien Renaud Vincent posait sans ambages l’enjeu de la création : fissurer le tabou entourant la mort dans nos sociétés, envisager collectivement l’inacceptable pour mieux s’y préparer, fort de statistiques navrantes -une majorité de Français se disent déçus par la cérémonie funéraire qu’ils ont eu à préparer pour un proche. En cause, méconnaissance, dysfonctionnements, manque d’accompagnement criant : on apprendra ainsi qu’un diplôme de maître de cérémonie s’obtient en seulement 1 mois et demi. 

S’ensuivirent durant 2h30 de multiples saynètes. Du théorique : un point factuel sur les rituels existants et sur les pistes d’avenir qui s’ouvrent. Mais aussi de la pratique : l’édiction d’un testament ; une chanson sur Edison, l’électricien spirite ; une fausse cérémonie pour un membre du public ; la poignante exécution d’une fictive toilette post-mortem… Sans oublier l’aspect psychanalytique et médiumnique de la mort, l’évocation de la mémoire numérique et un vibrant hommage à la voix de Deleuze, afin de cerner à quels besoins archaïques répond la nécessité des vivants d’entretenir une relation avec leurs morts. Et tenter peut-être, à terme, d’y répondre, en inventant collectivement de nouveaux rituels palliant la disparition du religieux. Ménageant des moments de recueillement et de rire exutoire, jouant sur de nombreuses modulations de fréquences et d’émotions, cette soirée fut un test prometteur du dispositif achevé, qui verra le jour en mai 2020.

JULIE BORDENAVE
Décembre 2019

Hiboux s’est joué le 16 novembre au Musée départemental Arles antique, Arles

Photo : © Citron Jaune

Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
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