La Rapsodie blanche de René Guiffrey illumine le Centre d’Art Campredon

Rhapsodie blancheVu par Zibeline

• 9 juillet 2016⇒9 octobre 2016 •
La Rapsodie blanche de René Guiffrey illumine le Centre d’Art Campredon - Zibeline

René Guiffrey apporte sa pierre à l’édifice des rhapsodistes. Pas en qualité de compositeur, mais en artiste qui, à partir des années 1970, « quitta la peinture pour épouser le blanc » et tirer des matériaux industriels et de leurs relations à la lumière, une manière de ne pas peindre et de traiter leur a-coloration. Sa rhapsodie blanche -à l’opposé de celle de Soulages, quoique…- est une suite de poèmes taillés dans le verre, polis dans la porcelaine, griffés sur papier, fruits d’une démarche sérielle semblable à celle de Steve Reich ou John Cage, qui consiste à dire la même chose autrement. Sensible, dès le premier contact avec ses toiles et sculptures déclinées autour de la forme carrée, sa figure de prédilection, la répétition lancinante d’un même thème fait entendre une musique feutrée tant la note est épurée. Celle-ci chante à qui porte son regard dans l’infini de la matière luminescente.

L’artiste vauclusien, né en 1938 à Carpentras, est passé maître dans l’art des variations, des tempos, des interstices, par le silence qu’il impose ; l’absence de verbiage le conduit à dire l’essence de la vie. Quitte à déranger ceux que l’art indispose comme la municipalité FN toulonnaise qui, un an après son élection en 1995, détruisit sa sculpture-fontaine marine « positionnée au point exact où se situait le port antique de la ville ». Ignorance et inculture produisent les effets que l’on sait… C’est l’unique mésaventure d’un parcours auréolé de commandes publiques (de la pochette d’album à des colonnes monumentales), d’expositions nationales et internationales, de collaborations éditoriales (quelques tirages uniques sont exposés) et de scénographies pour le théâtre et la danse dont on aurait aimé avoir quelques traces également. Au Centre d’art Campredon, le parcours souligne la douceur tranchante des pliages et des pastels sur papier Vélin gaufré, des acryliques sur verre et porcelaine de Limoges, et préserve parfaitement le mystère du Cube Lola : lourd et évanescent, opaque et translucide, mat et brillant. Sans doute l’effet de l’impalpable légèreté du blanc.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2016

Rencontre avec l’artiste vendredi 23 septembre à 20 heures.
jusqu’au 9 octobre (9 juillet)

Campredon centre d’art, Isle sur la Sorgue
04 90 38 17 41/islesurlasorgue.fr/campredon.html

René Guiffrey, Colonne Joyce, 2008 Verre-Miroir 250 x 9 x 9 cm © Campredon centre d’art

in situ : René Guiffrey, L’œuvre à blanc (un parcours), Fage éditions, 2016, 24 €