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Vu par Zibeline

Musique électronique et danse pour la première partie du festival Reevox

Rewind sur Reevox

• 19 décembre 2018⇒22 décembre 2018 •
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Musique électronique et danse pour la première partie du festival Reevox  - Zibeline

Danse decontextualisée, détournements sonores, pianos hantés, et expériences sensorielles envoutantes : la première salve de Reevox…

« Ce ne sont pas des claquettes irlandaises mais de la Step dance, dansée sur de la musique traditionnelle irlandaise. » Le danseur Colin Dunne, maître du genre, se prête à l’exercice de la déconstruction de sa pratique traditionnelle et du discours qui l’entoure. C’est l’intention de What is ours, performance en collaboration avec le compositeur improvisateur eRikm. Ou comment une discipline artistique a priori figée dans des codes définis plusieurs siècles en amont peut être transposée dans une œuvre contemporaine sans rien perdre de sa force émotionnelle et créatrice. Cela ne se fera pas sans effort. Les chaussures d’abord rechignent et l’expriment par un grincement du cuir. Le pas est lourd et glissant. Impossible à décoller du sol. Puis il devient plus aérien au fur et à mesure que les nouvelles technologies rendent le défi ludique grâce à un système de spatialisation du son de manière tactile. Chaque pas provoque une note dont l’enchaînement crée une phrase musicale. Le mouvement devient aérien, répétitif, accélère. Et s’entrecoupe de tableaux au format vidéo. Dans l’un, ses doigts, filmés en gros plan, miment une chorégraphie. Dans l’autre, un clin d’œil au Not I de Samuel Beckett. What is ours évoque aussi la transmission, apportant un éclairage historique sur la Step dance : « Pourquoi on n’utilise pas les bras ? Ce n’est pas à cause de l’Église catholique ni parce que les maisons irlandaises sont trop petites. C’est une décision administrative de ne bouger que de la taille aux pieds, décrétée par une bande de types en costume, réunis dans une salle. »

Avec T.O.C, Lucien Gaudion interroge le rapport du corps à la vibration et aux sons. Fixés sous l’un des escaliers métalliques du Frac, des haut-parleurs éventrés crépitent. Faut-il emprunter ces marches avec prudence ? Quelles sensations si l’on s’assoit dessus ? Le public se prend au jeu, les enfants crapahutent et chahutent. Tandis que, depuis sa machine, le compositeur créé une ambiance sonore old school, d’usine ou de chantier. Ça perce, percute, tronçonne, martèle… À moins que cela mitraille. Les fessiers, eux, frétillent. Sama’ célèbre une danse sacrée des derviches tourneurs soufis transposée à l’ère du drone. Cette fois, l’inventif Gaudion se met en scène, faisant tourner autour de lui-même un câble au bout duquel virevolte – encore – un haut-parleur. Celui-ci diffuse le bruit lancinant du moteur des caméras volantes. Des différentes vitesses de rotation surgit une mélodie bourdonnante, transformant un objet intrusif et oppressant en instrument de musique hypnotisant. Troisième et dernière performance du Marseillais, Ballast propose une symphonie techno de néons verticaux, composée simultanément grâce à un système de micros qui captent les champs électromagnétiques. Les tubes fluorescents exécutent une chorégraphie stroboscopique au rythme des décharges. Un dialogue lumineux et pénétrant. Five chilling mammoths de l’Israélienne Maya Dunietz expose cinq pianos échoués, aux entrailles dénudées. De ces mastodontes d’un autre temps, reliés au présent par un dispositif informatique, résonnent sons et vibrations numériques. Comme des pianos hantés renfermant des fantômes qui communiquent en morse. Entre effets saturés, beats anxiogènes et mélopées indiennes, le set du Berlinois Rashad Becker conclut de manière quasi rationnelle la soirée.

Lévitation XXL

Menu copieux pour cette coréalisation entre le GMEM, CHRONIQUES, et le Cabaret aléatoire : ce n’est pas pour rien qu’il est XXL. Les propositions sont éclectiques et permettent au public de choisir son parcours au milieu des installations sonores et visuelles (Félicie D’Estienne D’Orves), des live audiovisuels (Elio Libaude), des performances et des concerts. La diversité des formes et des artistes invités recèle un fil directeur puissant que la programmation collective de la soirée a su rendre, avec intelligence et sensibilité, envoûtant. En effet, les œuvres explorent les liens entre compositions sonores et visuelles, entre improvisations et recherches électro-acoustiques minutieuses. Celles-ci déclinent des expériences immersives pour chacun. Que ce soit avec les facétieux improvisateurs mic&rob, accompagnés de la compositrice Maya Dunietz au piano arrangé ou avec Lucrecia Dalt et ses boucles séquencées ponctuées d’une voix entêtante, l’univers sonore convie le corps à entrer dans un autre état. De même la SpaceTime Helix de Michela Pelusio joue de la cinétique pour fabriquer une magnifique œuvre visuelle et sonore baroque. Dopplereffekt, Sleeparchive et Randomer clôturent la nuit dans une transe collective.

LUDOVIC TOMAS ET DELPHINE DIEU
Décembre 2018

Reevox se poursuit jusqu’au 22 décembre à Marseille
gmem.org

Photo : Colin Dunne © Pierre Gondard