Retour sur La force scandaleuse du passé, un évènement lancé au cipM le 14 mai autour de l'oeuvre de Pier Paolo Pasolini

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• 2 juillet 2013⇒8 juillet 2013 •
Retour sur La force scandaleuse du passé, un évènement lancé au cipM le 14 mai autour de l'oeuvre de Pier Paolo Pasolini - Zibeline

C’est au cipM, au milieu des livres de Pier Paolo Pasolini, qu’a été lancée, le 14 mai, La Force scandaleuse du passé

La soirée était prévue initialement à l’Institut Culturel Italien qui s’est retiré à cause de la participation à la manifestation de Toni Negri, refusant d’être associé à la «personne d’un repris de justice condamné pour délits de terrorisme commis en Italie.»
Cet événement -car c’en est un !-, coproduit par MP 2013 et quatre structures, Alphabetville, le cipM, le FIDMarseille et l’INA Méditerranée va célébrer jusqu’au 8 juillet l’œuvre d’un artiste exceptionnel, homosexuel et communiste, qui a embrassé et transcendé l’écriture -romanesque, journalistique ou cinématographique-, en la chargeant toujours de poésie, c’est-à-dire de révolte.
La manifestation propose expositions, conférences avec des intervenants italiens et français, lectures, tables rondes et la projection de l’intégralité de ses films, sans oublier la soixantaine de vidéos sur des bornes interactives.
Et pour commencer, au Miroir de la Vieille charité, deux films : un documentaire d’Andrea Salerno, Via Pasolini et La Ricotta, un des premiers films, que Pasolini a réalisé en 1963.

Portrait
Via Pasolini construit, à travers des documents d’archives que relient de longs travellings sur des routes, le portrait de l’artiste. L’écrivain parle de ses rapports avec son père, «la relation la plus dramatique que j’ai eue dans ma vie», de son premier livre, un livre de poésie, «écrit en frioulan, le dialecte de ma mère», de ses premiers rapports avec le réel et la politique, de l’unification de la langue italienne, de l’auteur comme contestation vivante, «Le fait d’ouvrir la bouche est scandaleux !», de son passage de la littérature au cinéma, «langue transnationale et universelle», de son film Accatone, comme «occasion donnée aux Italiens de montrer leur racisme», du néoréalisme comme «premier acte de regard de l’Italie sur elle-même», des gens qu’il aime le plus, les gens simples, de son regard sur les choses «non confessionnel mais un peu religieux : L’Evangile régénère et met en mouvement les pensées», de ses premiers films sous le signe de Gramsci, «qui s’adressent à l’élite, pas l’élite classique des privilégiés», du cyclisme qu’il aime depuis tout petit. On le voit clouer le bec à des journalistes, interviewer des gens au sujet du divorce, sur une plage, ou filmer au mieux la forme d’une ville. Même si le recours systématique aux travellings sur la route est lassant, les documents d’archives sont passionnants et permettent d’approcher cet homme qui a fait l’objet de 33 procès de 1949 à 1975 et dont la mort le 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, n’a pas encore été élucidée.

Peinture, cinéma et réel
La Ricotta, tourné en noir et blanc, fait partie d’un film à sketches, RoGoPaG, composé de quatre histoires dont le titre est constitué des premières lettres de ses quatre réalisateurs : Rossellini, Godard, Pasolini et Gregoretti. Un cinéaste,  interprété par Orson Welles, essaie de tourner une Passion du Christ, recréant cinématographiquement en couleurs deux tableaux maniéristes, La Déposition de Le Rosso et La Déposition de Pontormo. Un des figurants, pauvre, Stracci (loques) qui incarne le bon larron et ne pense qu’à trouver de quoi manger, finit par mettre la main sur de la ricotta et en dévore, réfugié dans une grotte, jusqu’à en mourir. «Pauvre Stracci ! Dire qu’il aura fallu  qu’il meure pour que l’on s’aperçoive de son existence» commente le réalisateur. Ce film qui accumule gags et fait sourire, est aussi une critique radicale de la société capitaliste et de la religion : «Blasphémateurs, vous ne respectez rien !» hurle lors d’une prise le cameraman. C’est aussi ce qu’en a conclu la censure puisque le film a été mis sous séquestre pour «offense à la religion d’état». Mais La Ricotta, qu’on pourra revoir le 20 juin au CRDP commentée par Xavier Vert, historien de l’art, est aussi une réflexion matérialiste, profondément irrévérencieuse, sur la création artistique…

ANNIE GAVA

Mai 2013

Jusqu’au 8 juillet

www.mp2013.fr

Photo : La Ricotta de Pasolini

cipM
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