Sélim Mazari et l’Orchestre de Chambre de Mannheim célèbrent joyeusement Mozart

Réviser ses classiquesVu par Zibeline

Sélim Mazari et l’Orchestre de Chambre de Mannheim célèbrent joyeusement Mozart - Zibeline

On attendait beaucoup de Sélim Mazari sur Mozart : l’opus du jeune pianiste consacré à Beethoven laissait déjà entrevoir, il y a quelques années, une sensualité et un sens de l’épure propres à briller sur ce registre. Et le résultat ne nous aura pas déçus, car il nous aura permis, en sus, de le découvrir sur un répertoire concertant. Grand bien en a pris en effet à Mazari d’unir ses forces à celles de l’Orchestre de Chambre de Mannheim ! Dirigée avec fantaisie et intelligence par Paul Meyer, la phalange s’investit avec grâce et enthousiasme dans les deux œuvres. Sa complicité avec le soliste ne fait aucun doute, et pour cause : les concertos 12 et 14 interprétés au Grand Théâtre de Provence ont déjà fait l’objet d’un enregistrement, paru également chez Mirare en février dernier. Les instrumentistes, familiers de cet effectif aux confins du chambrisme et de ces partitions requérant une subtilité et une élégance à toute épreuve, privilégient le caractère et l’individualité à l’uniformité. Le choix se révèle payant, tout d’abord chez des vents d’une très rare qualité, que l’on devine très bien encadré par un Paul Meyer rompu à l’exercice par sa carrière de clarinettiste. Mais également chez des cordes refusant à tout prix la peinture à gros traits. Le dialogue se fait enjoué et tendre avec le piano : celui-ci chante, tonne à la manière de l’orchestre, qui s’empresse de lui répondre avec le phrasé facétieux et mordant d’un clavier. Méconnues, ces pages moins inoubliables que les grands tubes mozartiens plus tardifs laissent cependant entrevoir, au détour d’harmonies familières et de thèmes chevronnés, des paysages inconnus, tour à tour dissonants, tourmentés et méditatifs. Précédés de la charmante Symphonie n°52, les deux concertos cèderont ensuite la place à la tempétueuse Symphonie n°40, sur laquelle l’orchestre lâchera enfin les chiens. Et après laquelle de copieux applaudissements ne se feront pas attendre.

SUZANNE CANESSA
Mars 2022

Ce concert a été donné le 1er mars au GTP, à Aix, et diffusé sur Radio Classique

Photo : Selim Mazari © Caroline Doutre

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08 2013 2013
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