"Vilnius, Paris, Londres" d'Andreï Kourkov, traduit du russe par Paul Lequesne aux Editions Liana Levi

Rêves d’EuropeLu par Zibeline

On avait eu grand plaisir à rencontrer le facétieux Andreï Kourkov à Marseille il y a quelques années. Et on se faisait une joie de le revoir bientôt, puisqu’il devait démarrer une résidence d’écriture à La Marelle dès cet été. Hélas, le COVID est passé par là ; le projet est reporté à l’été ou à l’automne 2021. Raison de plus pour se réjouir de retrouver la fantaisie et l’imagination de l’écrivain de Kiev, dont le dernier roman Vilnius, Paris, Londres vient tout juste de paraître dans l’édition de poche de son éditrice Liana Levi. Une jolie histoire de voyages, de départs… et de retours.

Pas de pandémie ni de fermetures de frontières pour les héros lituaniens de cette « histoire  schengennienne » (en VO Tchengenskaïa Istoria, première partie du titre russe original). Au contraire. Le roman commence en effet le 21 décembre 2007 à minuit, lorsque la Lituanie entre dans l’espace Schengen. Une ouverture sur l’eldorado européen, l’espoir d’une existence plus palpitante, dans des capitales fantasmées. Trois jeunes couples décident ce soir-là de tenter l’aventure. Ingrida et Klaudijus partent pour Londres ; Barbora et Andrius pour Paris ; quant à Renata et Vitas, ils renoncent assez vite à leur projet d’Italie, et sont les seuls à rester dans la campagne lituanienne, quoique tout aussi déterminés que les quatre autres à faire évoluer leur vie (Vitas n’étant jamais à court d’idées ni de projets). Le roman suit l’itinéraire de ces jeunes adultes captés par le rêve européen. Il suit également le périple d’est en ouest (à pied, en stop…) d’un vieil homme étrange et attachant, Kukutis.

Au rythme de brefs chapitres qui sautent de lieu en lieu, le lecteur est rapidement entraîné dans ce roman d’apprentissage aux multiples points de vue. Envie de savoir si les jeunes Lituaniens parviendront à trouver autre chose que des jobs précaires et mal payés, à se loger décemment ; envie de suivre leurs histoires de couples ; envie de connaître les raisons qui poussent un vieil infirme à traverser l’Europe en clopinant sur sa drôle de jambe de bois… On est pris, les 756 pages de la présente édition se lisent vite, grâce au talent du conteur – car c’est d’une sorte de conte doux-amer qu’il s’agit là – ; à son empathie pour ses personnages (même les plus éphémères) aussi. Alors on plonge dans ce récit plein d’espoirs et de désillusions ; plein d’amour et d’humour aussi. Aux moments les plus sombres Kourkov mêle toujours un grain de fantaisie – voire de fantastique – et de tendresse, qui les rend plus légers. Comme un pas de côté nécessaire pour affronter le voyage de la vie. Pour apprendre à saisir l’instant, à se fier au hasard ou à son cœur, ainsi que le fait le vieux sage Kukutis. On les suivrait tous encore longtemps comme ça….

FRED ROBERT
Juillet 2020

Vilnius, Paris, Londres
Andreï Kourkov, traduit du russe par Paul Lequesne
Editions Liana Levi, collection Piccolo, 13 €