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Vu par Zibeline

Bilan d'Image de ville

Rêve(s) de ville

Image de ville a dix ans. Son bilan, quantitatif et qualitatif, impressionne. Près de 700 films projetés. Quelque 300 invités dont deux Pritzker d’architecture (Jean Nouvel, Christian de Portzamparc), des réalisateurs internationaux (Amos Gitaï, Jia Zhang-ke) et des documentaristes comme Richard Copans auteur avec Stan Neumann des 52 films de la collection Architecture présentée dans son intégralité au Château La Coste. Croiser les approches d’architectes qui imaginent, conceptualisent, modifient nos villes et celles de cinéastes d’hier et d’aujourd’hui qui les explorent, les réinventent, les déconstruisent, a généré, au fil des éditions, de passionnantes interrogations. Souligner que bâtisseurs et artistes partagent des «territoires communs» comme les frères Barani, Marc et Christian réunis cette année pour une table ronde, reste un credo du festival aixois. Poursuivant le travail mené avec Le Merlan sur le corps urbain en 2012 (Zib 53), cette édition intitulée La ville, ma muse, s’est particulièrement intéressée à l’appropriation sensible du territoire par les artistes et les citadins, docs et fictions mêlés. Car la ville est une infatigable Shéhérazade, contée et conteuse. On a ainsi retrouvé, à côté du Détroit post-apocalyptique de Florent Tillon, dévasté par chute d’un empire industriel, réinvesti par la nature et l’énergie créatrice de ceux qui restent, la Roma sublime et grotesque de Fellini, collage de souvenirs et de fantasmes nourriciers. On a découvert les «villes invisibles» de la banlieue parisienne, entre chantiers et autoroutes, espace replié, des rues Lénine aux bars Oasis, comme un origami fascinant que Marie Boots et Till Roeskens dans leur video Archipel déplient par un «chant des pistes» inspiré des pratiques aborigènes. Ou encore l’espace secret, intime, révélé par le travail de Sabine Massenet dans Image trouvée. Sur le principe de la bouteille à la mer, avec la complicité des bibliothécaires de Seine St Denis, la vidéaste a inséré dans les livres prêtés, un message énigmatique et son adresse mel. Elle filme ceux qui, ayant risqué la rencontre, racontent leur expérience de lecteurs. Immeubles, parcs, forêts glissent sur un fond noir, des plans de vieux films s’invitent dans le paysage du 93, devenu somptueux.

Parmi les temps forts de la programmation, d’abord la projection d’Inland (Zib 24) et de Rome, plutôt que vous de Tariq Teguia en présence du réalisateur qualifié de «géographe», «topographe» voire «sismographe» par une critique unanimement éblouie par son art conceptuel et sensoriel matérialisant l’exil intérieur de la jeunesse algérienne. Ensuite, Les deux émissions de la RAI, raretés offertes par Eugenio Renzi : un facétieux Fellini présentant le quartier mussolinien de l’EUR comme son préféré dans Rome et un Pasolini douloureusement lucide analysant à partir des formes urbaines d’Orte et de Sabaudia, l’acculturation de masse orchestrée par la démocratie. Dernière apparition du réalisateur dont la mort semble s’annoncer à la dernière image: une maigre silhouette qui s’éloigne sur un terrain vague. Enfin le ciné-concert donné en soirée d’ouverture par l’Orchestre de Chambre d’Hôte, septet dirigé par Jean-Paul Raffit. Haendel, Villas-Lobos, Fauré, Bach sollicités pour accompagner, commenter les 2h25 de l’archétypal Metropolis de Fritz Lang, en version intégrale restaurée. Pure merveille formelle qui, à sa manière noire et hallucinée, pose la question de la place de l’homme dans la modernité, entre rêves et cauchemars.

ÉLISE PADOVANI

Novembre 2012

 

Images de Ville s’est déroulé du 9 au 11 octobre à Aix