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Yumé, un spectacle hors-norme au Théâtre Liberté à Toulon !

Rêverie Orientale

Yumé, un spectacle hors-norme au Théâtre Liberté à Toulon ! - Zibeline

Fruit d’une collaboration entre le librettiste Jacques Keriguy, le metteur en scène Yoshi Oïda, la compositrice Kazuko Narita, la chorégraphe Kaori Ito et l’Ensemble Polychronies accompagné de Dominique Visse, le Théâtre Liberté proposait au public un spectacle hors-norme car assez inhabituel dans le paysage musical local. Attiré par la nouveauté, le public s’est rendu massivement dans la salle Albert Camus pour un voyage aussi surprenant qu’exotique. Mêlant art chorégraphique et marionnettes, chant et récitant sur un décor composé d’une unique structure métallique symbolisant un arbre servant de refuge à des spectres amoureux, (visuellement saisissant grâce à un jeu de reflets de lumières changeantes sur un voile brillant), ce spectacle hybride était aussi acoustiquement singulier. En effet, la partition savamment orchestrée pour deux percussions (Florent Fabre et Bernard Boellinger), plusieurs flûtes (Jean-Marc Boissière), une guitare (Sylvain Cinquini) et un violoncelle (Jean-Philippe Martignoni) offrait un écrin sonore idéal à l’expressivité vocale du chanteur pour mettre en valeur le sens de l’ouvrage. Elle était de surcroît très bien interprétée dans un équilibre parfait des pupitres, aucun instrument ne prenant l’avantage sur les autres. Cette parfaite maîtrise de l’ouvrage laissait également transparaître sa forme, la structure étant visiblement élaborée selon un plan musical bien précis organisé en fonction de répétitions tant mélodiques que rythmiques et d’associations de timbres instrumentaux. Inspiré de la pièce de théâtre Nô Mastukazé, l’histoire des spectres de deux anciennes amantes abandonnées par un conseiller impérial exilé et qui attendent en vain son retour, avait un aspect très expressionniste dans sa dramaturgie. Mais, plus que l’ésotérisme du texte à la poésie très imagée, ce qui retenait l’attention c’était sa mise en valeur musicale par la couleur vocale employée : tantôt la voix était parlée, tantôt chantée avec un timbre de contre-ténor aux antipodes de la rondeur qui lui est traditionnellement attribuée, tantôt chantée en voix de baryton, mais le passage d’un mode d’émission à l’autre créait un étrange effet de distanciation où le spectateur finissait par ne plus trop savoir qui parlait, du narrateur ou des personnages. La danse elle-même, aux confins du contorsionniste créait un espace chorégraphique inhabituel proche de la lévitation. Un peu comme dans un rêve aux contours flous où se confondent le réel et l’imaginaire qui laissa le public de cette réussite artistique littéralement en apesanteur.

EMILIEN MOREAU

Février 2016

Yumé, spectacle donné au Théâtre Liberté le 25 février

www.theatre-liberte.fr

Coréalisation Festival de Musique de Toulon Provence Méditerranée

www.festivalmusiquetoulon.com

Photo : Yumé ©D.R.


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
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