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Vu par Zibeline

Retour sur Cap au pire, la pièce de Beckett, avec Denis Lavant, jouée au Théâtre des Halles, à Avignon

Révérence littérale

Retour sur Cap au pire, la pièce de Beckett, avec Denis Lavant, jouée au Théâtre des Halles, à Avignon - Zibeline

Cap au pire de Samuel Beckett est un texte ultime. Une longue logorrhée, sublime, sans incarnation, sans trajet narratif, vers l’extinction. De tout : d’une mèche, du désir de vie, du geste, de la perception. La construction du texte est fondée sur une boucle qui se répète, se raccourcit, introduit peu à peu de nouveaux éléments, des silhouettes, qu’elle abandonne. Le pire est là, dans l’extinction. Jacques Osinski met en scène Denis Lavant dans un carré de lumière, totalement immobile, tête baissée, privé même du regard. Le comédien tient magnifiquement le cap de ce rien qui advient. Il ne bouge pas, dit le texte, anime les mots de rythmes, sans nuances autres que celles du silence et des accélérations. On comprend le parti pris, extrémiste, mais qui prive le spectateur des qualités particulières de ce comédien d’exception : son énergie, sa rage, son corps dansant, son regard qui vrille. Trop de révérence littérale, née de l’admiration, éteint toute vie dans ce texte d’avant la mort, qui a besoin d’être animé pour être entendu…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2017

Cap au pire au Théâtre des Halles, à Avignon à 22h, jusqu’au 29 juillet (relâche les lundis)

Photo : Cap au pire © iFou pour Le Pôle-Media


Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
http://www.theatredeshalles.com/