Deux jours avec Yves Coppens au Mucem

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Deux jours avec Yves Coppens au Mucem - Zibeline

Le Mucem a reçu la visite du paléontologue Yves Coppens, le week-end des 25 et 26 septembre. Fameux pour sa découverte des restes de l’Australopithèque Lucy, en 1974, dans un terrain de fouilles éthiopien, il était au centre de deux journées de réflexion et d’échanges sur le thème de… l’avenir. Lors de la première table ronde, pour une intervention sur le temps long, il était entouré de Michel Brunet, son « colocataire » au Collège de France, et Amélie Vialet, Maître de conférences en paléo-anthropologie au Muséum national d’Histoire naturelle. Le premier a relevé les limites de l’espèce humaine, qui peine à se représenter ses propres lointaines origines. Michel Brunet est le découvreur de Toumaï, fossile vieux de sept millions d’années, au moment où notre lignée se serait séparée de celles des grands primates. Pour lui, nous nous focalisons beaucoup trop sur le temps court, et devrions bien plus prendre en compte le temps long. « Si l’on veut regarder en avant, il faut un référentiel, qui ne peut être que celui-là. Imaginez les répercussions, jusqu’à aujourd’hui, du moment où l’on s’est sédentarisés ? »*

Amélie Vialet travaille quant à elle notamment sur le site de Tautavel, où elle espère pouvoir remonter le temps jusqu’à – 600 000 ans. Elle guette les premiers signes de culture, la capacité à être dans l’anticipation et l’abstraction qui impliquent l’usage du langage. « Peindre sur une paroi un animal, sans l’avoir sous les yeux, nécessite d’en avoir une représentation imaginaire. » Il y a un demi-million d’années, explique-t-elle, apparaissent les premiers objets percés, ocrés, polis, utilisés comme parures corporelles. Autre point important de ses études de terrain : l’évidence d’un intense et complexe brassage de gènes. Les représentants du genre homo n’ont cessé de s’hybrider. Yves Coppens acquiesce : « Nous avons toujours bougé, et cela va s’accentuer. L’eau monte, du fait du réchauffement climatique. Ceux qui vivent en bord de mer vont se déplacer vers l’intérieur des terres. » C’est déjà le cas, dans bien des zones littorales à travers la planète. Conclusion de sa consœur : « Le langage et l’imaginaire nous projettent toujours vers l’ailleurs, c’est le piège de l’homo sapiens. Nos appareils technologiques nous extraient du temps présent. Si j’avais un souhait pour l’avenir, ce serait de revenir un peu au présent. »

À venir au Mucem

Le 20 octobre, débuteront une série d’expositions. Au premier rang desquelles Salammbô – Passion ! Fureur ! Éléphants !, réalisée avec la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie pour le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert. Mais aussi  EUROPA, Oxalá, soixante œuvres produites par des artistes issus des anciennes colonies françaises, ainsi qu’un nouvel Abécédaire sur les objets d’art populaire extraits des fonds du musée, Je signe donc je suis. À cette date, s’inaugurera aussi un nouveau dispositif, la « Chambre d’amis », qui accueillera régulièrement une sélection de prêts de musées partenaires. Le premier hôte, le Musée archéologique de La Canée, en Crète, a envoyé au Mucem 13 pièces de la période antique, du milieu du deuxième millénaire avant Jésus Christ aux premiers siècles de notre ère.

Notez également que l’auditorium Germaine Tillon recevra la Fête de la science, portant cette année sur la biodiversité (le 8 octobre), certains spectacles du festival jeunesse En Ribambelle ! (du 27 au 31 octobre puis du 3 au 7 novembre) et la Semaine de la pop philosophie (le 14 octobre) pour des conférences sur la connerie, son thème 2021. Dans le grand hall du J4, se tiendront les Journées nationales de l’architecture (16 & 17 octobre), avec rencontres, balades urbaines, visites et jeux.

GAËLLE CLOAREC
Octobre 2021

* Ce qui amène une remarque : toutes les sociétés ne sont pas intégralement sédentaires, y compris en Occident.

Photo : -c- G.C.

Mucem
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