Sofiane Saidi et Ruşan Filiztek à la Cité de la Musique de Marseille

Réveil d’OrientVu par Zibeline

Sofiane Saidi et Ruşan Filiztek à la Cité de la Musique de Marseille - Zibeline

Pour la reprise des concerts, la Cité de la musique de Marseille a accueilli les musiciens Sofiane Saidi puis Ruşan Filiztek.

Alors que les regards et les oreilles se tournent vers les festivals d’été et les concerts en plein air, la Cité de la musique de Marseille, impatiente de retrouver le public dans l’intimité de son auditorium, décide de rebrancher les projecteurs et pousser le volume à défaut de pousser les murs. Quelques jours après l’annonce, le spectacle affiche complet. Ceux qui pensent que le raï est resté sur le trottoir d’un cabaret oriental du siècle dernier ont dû rater un épisode et un nom, celui de Sofiane Saidi. L’invité inattendu de ce premier concert de 2021 in situ est considéré à juste titre comme l’héritier le plus enthousiasmant de la grande lignée d’artistes sur laquelle règne une femme, une icône, Cheikha Rimitti, à laquelle le Parisien venu de l’Oranais rendra hommage. Il confirme ainsi que le raï n’est pas le genre d’une époque mais une attitude, un état d’esprit, qui se marie très bien à la modernité. La preuve, Saidi est seul sur scène avec ses claviers et ses boîtes à rythmes pour une prestation taillée sur mesure pour cette escale marseillaise quasi-improvisée. Seul avec sa voix surtout qui résonne dans les clubs d’Algérie et de France depuis ses quinze ans. De son timbre profond et nuancé suinte l’âme d’un courant musical fait d’aspérité, jaillit une irrépressible exigence de liberté. Mélancolique et dansant, reprisé au funk ou à l’électro, le raï sensuel de Sofiane Saidi nous rappelle qu’il est, de ce côté-ci de la Méditerranée, aussi chez lui.

Né au Kurdistan turc, Ruşan Filiztek est lui aussi un héritier. Celui d’un âge imaginaire où les traditions d’Anatolie et Mésopotamie s’imbriquent avec les chants sacrés ou populaires, alévis, turcs et kurdes, araméen, grec et arménien. Joueur de tembur (ou saz), un luth à manche long originaire du Moyen-Orient, il chante l’harmonie des peuples, en dialogue avec les époques, les cultures et les langues. Définir Filiztek comme un musicien traditionnel kurde est réducteur tant son jeu évoque des styles variés. Ornements vocaux, improvisations, compositions personnelles, le répertoire flirte avec le jazz et le baroque. Son talent, c’est son parcours qui en parle le mieux. Arrivé à Paris en 2015 pour étudier l’ethno-musicologie à la Sorbonne, il est repéré dès l’année suivante par Jordi Savall qui l’intègre au projet Orpheus XXI, rassemblant des musiciens en exil. En 2019, lauréat du Prix des Musiques d’Ici, il éblouit le public du festival Les Suds à Arles, qui le découvre en première partie de Bobby McFerrin. Venu présenter son premier album Zêr-Av à Marseille, le musicien a confirmé qu’il était un artiste inspiré, capable, même en solo, d’exprimer la diversité d’héritages musicaux et de ceux qui les lui ont légués.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2021

Sofiane Saidi s’est produit le 28 mai et Ruşan Filiztek le 4 juin, à la Cité de la musique de Marseille.

Photo : Ruşan Filiztek ©X-DR

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