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Jamal est syrien, à la rue et dans l’attente d’un asile politique

Réveil brutal

Jamal est syrien,  à la rue et dans l’attente d’un asile politique - Zibeline

Un homme émerge d’un sac de couchage, sur un matelas de fortune posé sur des palettes. Mise en route d’un matin comme un autre, Sous le pont d’une ville française. Une petite radio fait entendre une musique orientale tandis que l’homme, avec des gestes parcimonieux, entame sa journée : rapide toilette avec une bouteille d’eau, café qui chauffe sur un minuscule réchaud. Et des papiers qui jonchent sa couche et qu’il range fébrilement. Jamal est syrien, depuis deux mois en France, à la rue, dans l’attente d’un asile politique. Il attend un de ses compatriotes, syrien comme lui, naturalisé français et militant des droits de l’Homme. Entretemps, la vie n’étant décidemment pas simple, se succèdent les rencontres peu ou pas amicales, voire agressives. Un raciste qui lui crache sa haine des « bougnoules » ; une SDF à priori compréhensive mais qui part en lui volant un sac ; un cheikh venu l’inciter à aller prier à la mosquée, pour le sauver et faire en sorte qu’il ne devienne pas comme les français (« ta mort pour eux ne pèse pas plus lourd qu’une poussière »… Oui mais voilà : Jamal vit mieux en France, sous un pont, que ceux qui meurent sous les bombes, et de toute façon, où pourrait-il aller ? Lorsqu’enfin arrive l’homme qui l’aidera à monter son dossier de demande d’asile –un récit de 3 pages « qui fasse pleurer les pierres »-, son histoire, terrible, le confirme.

L’auteur, Abdulrahman Khallouf, et le metteur en scène, Amre Sawah, tous deux syriens, se connaissent, depuis leur rencontre à l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas. Puis l’exil, et les retrouvailles à Bordeaux, jusqu’à l’émergence de cette pièce, dont le rôle principal est tenu par Homam Afaara, danseur syrien récemment arrivé en France. Si les rencontres vécues par Jamal semblent très caricaturales, la scène finale vient titiller les cerveaux endoloris et comme habitués à ces récits insoutenables. L’auteur et le metteur en scène investissent soudain le plateau et s’interrogent : comment étendre « la douleur de l’histoire syrienne » ? Que faire de ce personnage de papier qui ne vaut finalement « pas mieux que les autres syriens »… Comme eux il mourra, encore faut-il trouver une fin théâtrale.

La mise en abyme brutale d’une réalité absurde questionne, à nouveau, l’espoir d’une reconstruction possible (?), dans le pays dit « des droits de l’Homme ».
DOMINIQUE MARÇON
Avril 2018

Sous le pont à été donné les 15 et 16 mars au Théâtre d’Arles

Photo : © Iyad Kallas


Théâtre d’Arles
43 rue Jean Granaud
13200 Arles
04 90 52 51 55
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