L’Orchestre National de France au Festival de Pâques

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L’Orchestre National de France au Festival de Pâques - Zibeline

Depuis l’entrée dans ces jours étranges où toute réunion sent le soufre, voir un orchestre sur scène semblait devoir appartenir à des temps révolus. Grâce au Festival de Pâques, enfin un orchestre joue pour le public, même si ce dernier a dû se réfugier derrière ses écrans. Mais le son est là, la magie aussi. L’Orchestre National de France dirigé avec fougue et finesse par son nouveau chef, Cristian Măcelaru, offrait sa verve et la palette délicatement colorée de ses nuances à deux œuvres brillantes, la Symphonie n° 5 en fa majeur op. 76 d’Antonin Dvořák et le Concerto pour violon en ré majeur op. 77 de Brahms. La première œuvre, souvent nommée La Pastorale car d’une tonalité analogue à la Sixième Symphonie de Beethoven, joue sur les contrastes entre les larges envolées de l’ensemble et les moments plus intimes réservés à quelques instruments : douceur des clarinettes de l’ouverture, appels des différentes sections des vents, respirations luxuriantes où les cordes emportent le flux mélodique jusqu’aux orages. L’orchestre dessine un arc-en-ciel d’émotions au cours de ce voyage aux multiples facettes, depuis ses emportements romantiques à l’esquisse du blues. La surprise guette l’auditeur qui se laisse guider avec délice dans ces déferlements sonores.

Le violoniste Nikolaj Szeps-Znaider rejoignait de sa haute taille la formation symphonique avec son Guarnerius del Gesù de 1741. La « feuille de salle » (délivrée sur le site du festival) rappelle à propos de ce Concerto pour violon de Brahms que Hans von Bülow affirma : « Max Bruch a composé un concerto pour le violon ; Brahms, lui, en a composé un contre le violon ». Il est vrai que le soliste semble devoir arracher à son instrument quelque chose de plus que les notes, donner à percevoir la matière même dont il est issu, maltraitant les cordes, bouleversant leur fragilité apparente pour en faire apparaître l’âme. Les variations de rythme, d’intention, de hauteur, les traits virtuoses s’enchaînent… Le violon dialogue avec l’orchestre, s’autorise de longues périodes solitaires et acrobatiques. Aimez-vous Brahms ? faisait demander Françoise Sagan à l’un de ses personnages. Plus encore dans cet épanouissement lumineux ! En bis, un Choral de Bach venait clore poétiquement la soirée. Et nous réalisons combien les grands orchestres nous manquent.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2021

Concert donné le 9 avril dans le cadre du Festival de Pâques 2021

Photographie : Festival de Pâques 2021 Brahms, Concerto pour violon © Caroline Doutre

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