Les attentats à Charlie et au Bataclan entre les lignes d'Incident à Gaveau

Retrouver l’inspirationVu par Zibeline

Les attentats à Charlie et au Bataclan entre les lignes d'Incident à Gaveau  - Zibeline

C’est une ampoule éblouissante au-dessus d’une table banale et d’une chaise en plastique placées de biais sur la scène, seul décor, qui nous attendent lorsqu’on rentre dans la petite salle du théâtre Joliette. Gênante, presque aveuglante, la lumière finit par baisser d’intensité et un homme apparaît, petit, vieux. Son costume noir est couvert de poussière blanche, sa chemise est déchirée et tâchée de sang. Il est agité, pose des questions à une dame que l’on ne voit pas, répond à des questions que l’on n’entend pas. La lumière change, l’homme va peu à peu rassembler ses esprits, et nous faire rentrer dans son cauchemar : celui d’un peintre en panne d’inspiration. Il n’arrive pas à retrouver la flamme créatrice, celle qu’il entend dans les enregistrements du pianiste virtuose Luigi Bozzi, qui l’exalte. Il décide d’aller le voir en concert à la salle Gaveau. Las ! Il se retrouvera face à un pianiste devenu tout aussi vide et lucide que lui, face à un public béat, qui l’acclame, malgré son malaise évident. Malaise qui prendra la forme d’une ceinture d’explosifs que le pianiste dévoilera en écartant les pans de sa redingote, en même temps que son nouveau nom de converti islamique, avant de déclencher l’explosion. Bernard Mazéas a écrit ce texte en réaction aux attentats de Charlie et du Bataclan, qui l’ont horrifié et consterné. Un texte qui, bien que pointant la perte de sens générale traversant nos sociétés contemporaines, avec quelques passages savoureux, passe par des représentations de l’artiste inspiré, du public qui ne comprend rien, et des rapports humains « informatisés » quelque peu caricaturaux. La précision de la mise en scène de Maurice Vinçon, à travers le jeu des lumières et de la direction d’acteur, et la présence rythmée, à la fois douce et brutale, delicato ou fortissimo d’Edouard Exerjean, permettent néanmoins d’accepter de partager les mouvements d’humeur du texte : tenter de retrouver l’inspiration, accepter l’état de fait et gérer la résignation, ou aller au bout de la pulsion de mort.

MARC VOIRY
Novembre 2019

Photo ©Christiane Robin

Incident à Gaveau a été créé du 5 au 9 novembre au Théâtre Joliette, Marseille

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr