La forêt au Moyen Âge, remarquable somme pluridisciplinaire parue aux Éditions Les belles lettres

Retrouver la forêtLu par Zibeline

La forêt au Moyen Âge, remarquable somme pluridisciplinaire parue aux Éditions Les belles lettres - Zibeline

Obscure et mystérieuse, touffue, vénérable… la forêt médiévale continue à nourrir nos imaginaires. Les éditions Les belles lettres ont publié une somme historique qui ravira bien des lecteurs, tant elle soulève avec précision les idées reçues. Non, la longue période qui court du Ve au XVe siècle n’a pas été l’âge d’or des arbres. Passé le Haut Moyen-Âge, les besoins en bois de chauffage, de charpente, les usages agricoles, domestiques, artisanaux, puis proto-industriels ont avalé moult couverts forestiers. La pression anthropique pouvait s’alléger et la nature reprendre ses aises, comme ce fut le cas lors de la Grande Peste au mitan du XIVe siècle, mais le pouvoir aristocratique et royal a réglementé de plus en plus la « forêt usagère d’antan, devenue une forêt capital ».

L’extrême intérêt de cet ouvrage, dirigé par Sylvie Bépoix et Hervé Richard, résulte de son approche pluridisciplinaire. Des spécialistes de littérature médiévale y évoquent la « forêt rêvée », peuplée de malebêtes, ermites, chevaliers errants et demoiselles en fuite. Linguistes, juristes, historiens des religions et des institutions apportent leur pierre à l’édifice, étayé par les travaux d’archéologues, de scientifiques étudiant les pollens ou les poutres des cathédrales, le fonctionnement des mines, la production de charbon, chaux, poix, sel…

Mille ans qui se dévorent, sans que les aspects purement techniques ne découragent : au contraire, habitants de Provence, Bretagne, Bourgogne, des Alpes, Vosges ou Pyrénées y découvriront avec plaisir l’évolution de leurs bois et bocages, ainsi que la longue lutte des habitants pour conserver le droit de chasser, celui de faire paître leurs bêtes, ramasser des champignons ou cueillir des châtaignes. D’autres y trouveront matière à réflexion sur la forêt contemporaine, qui gagnerait à être jardinée et non plus exploitée, en veillant à laisser de vastes pans au sauvage. La sagesse des siècles devrait nous y inciter.

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2020

La forêt au Moyen Âge
Sous la direction de Sylvie Bépoix et Hervé Richard
Éditions Les belles lettres, 26,90 €