Vu par Zibeline

Retrouvailles que vaille

 - Zibeline

Pour ces 43e Rencontres de la photographie d’Arles si la photo de classe est bonne les impressions particulières restent partagées. On fait de belles rencontres en marge aussi

Le symbole le plus marquant de cette édition 2012 aura été les retrouvailles des représentants des institutions embarquées dans l’évènement photographique arlésien. Lors de la première projection des Voies Off consacrée aux 30 ans de l’ENSP, les Rencontres d’Arles (François Hébel) et Voies Off (Christophe Laloi), ENSP (Rémy Fenzy), mairie (Hervé Schiavetti, Claire Antognazza), tous étaient réunis sur la scène et dans le même sens pour la première fois depuis la création des Rencontres.

En 2011 non-conforme avait apporté bien des surprises en particulier venant d’Internet. Cette année l’ambiance apparaît en demi-teinte. Est-ce à cause de l’école ? D’un enseignement dispensé depuis trente ans par les mêmes enseignants si on suit certains commentaires ? Lors de la présentation de sa rétrospective aux Ateliers SNCF Arnaud Claass, enseignant de la première heure, rappelait son intérêt pour les «images faibles, banales»(1). Est-ce par là qu’il faut rechercher un effet non pas de formatage dont chacun se défend (présentations dans le catalogue des Rencontres et du livre paru à cette occasion Qu’avez-vous fait de la photographie ?) mais bien plutôt une sorte de signature involontaire d’école, un style français particulier tourné vers «le quotidien, le petit peu, non spectaculaire» selon Valérie Jouve (diplômée 1990)(2) ?

Tout comme la Nouvelle Vague a produit son héritage pour le cinéma «on ne plus faire de la photographie comme il y a cinquante ans». Il s’agit aussi de rechercher des «formes nouvelles de montrer les images» pour le photographe reporter Sébastien Calvet (diplômé 1998) qui met en scène son travail de couverture politique en vidéo et mur d’images fixes, celles de la monumentalisation des néo narrations vidéographiées pour Medhi Meddaci (diplômé 2006) (à rapprocher de l’installation de Sophie Calle au Méjan, voir aussi ici).

Cet anniversaire est surtout l’occasion de rassembler en un même moment une grande famille autour des images selon différentes affinités. L’influence de la photographie de paysage issu de la Datar(3) sourdrait-elle à travers des clichés de Brigitte Bauer (diplômée 1990) ou Valérie Jouve ? Aurore Valade (diplômée 2005), Géraldine Lay (diplômée 1997) ou Olivier Metzger (diplômé 2004) revisitent subtilement le genre du portrait, compris pour Grégoire Alexandre selon les possibilités du studio et l’esprit de la mode, à plusieurs jets d’encre d’un Koudelka.

Les plus jeunes tentent des pistes personnelles tel Rémy Moulin (diplômé 2012) mettant à l’épreuve stroboscopique nos capacités perceptives avec sa cabine Black Out, ou via l’association WIP des étudiants(4). Pourtant ces derniers semblent rester étrangers aux ressources de l’informatique et de l’Internet en pleine actualité. Est-ce un signe de la limite d’influence de l’école?(5).

Buissonnière

Hors de l’École et des cimaises les plus officielles, Arles a encore battu son plein. Elina Brotherus s’expose en autoportraits comme une mise au point personnelle à la galerie Voies Off (l’atelier éponyme a assuré les tirages pour plusieurs artistes présents cette année). À l’Atelier 5 un travail de correspondances en duo photo/écriture de Jessica Hervo et Rémi Barret. Regards&Mémoire a eu la généreuse idée de nous faire découvrir les photographes de l’association Pour l’instant/Villa Pérochon. Troublantes images de Michèle Sylvander et Mélanie Bellue-Schumacher chez L’Hoste art contemporain. Espaces géographiques et psychologiques d’Emmanuel Madec à l’Atelier du Midi. Six tentatives de Miracle-Oracle aux Comptoirs Arlésiens. Au Magasin de Jouets c’était plutôt le Bäzär, cabinet de curiosités photographiques. En points d’orgue festifs et pour continuer à nous en mettre plein les mirettes, la Nuit de l’Année s’est projetée à Trinquetaille en succédant le vendredi 6 à La Nuit de La Roquette rituellement installée le soir du jeudi. On était le 5. Et ils n’étaient pas encore trop fatigués.

CLAUDE LORIN

Juillet 2012

 

(1)Le réel de la photographie, Arnaud Claass, Filigranes éditions, 2012

(2)La grande table, France Culture, émission du jeudi 05/07

(3)François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles

(4)pour Work In Progress, exposition WIP 2012 à l’église Saint Julien

(5)De son côté l’éducation artistique n’est pas en reste avec notamment les dispositifs Une rentrée en images, Des clics et des classes, le Concours photo des lycéens, Pause Photo Prose (sortie en septembre)

www.ensp-arles.com

www.rencontres-arles.com

www.voies-off.com

http://nuitdelaroquette.tntb.net