Le Musée Estrine consacre une rétrospective à Denis Laget à Saint-Rémy-de-Provence

Rétrospective Denis LagetVu par Zibeline

• 3 juillet 2020⇒6 septembre 2020 •
Le Musée Estrine consacre une rétrospective à Denis Laget à Saint-Rémy-de-Provence - Zibeline

Au petit jeu qui consiste à trouver une filiation entre un peintre et un autre, ici, au Musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, on est tenté de chercher dans la matière même de la pâte, dans les traces de pinceau sur la toile, dans les couleurs. Nous sommes en effet dans l’un des lieux phares qui jalonnent la courte de vie de Van Gogh ; c’est ici qu’il fut interné pendant un an entre 1889 et 1890, période la plus prolifique de sa création, avec 150 tableaux réalisés. Ainsi, en hommage au peintre des Iris et de La Nuit étoilée, le musée Estrine réserve un de ses espaces à un centre d’interprétation qui permet aux visiteurs d’approcher son art au plus près. Et, aux côtés de la collection permanente du lieu, dédiée à la peinture et arts graphiques des XXe et XXIe siècles (avec un focus sur Bernard Buffet), sont montées chaque année des expositions de peintres contemporains qui, d’une façon ou d’une autre, pourraient être inscrits dans une certaine continuité avec l’inspiration du peintre néerlandais.

Denis Laget est de ceux-là. Avec la première rétrospective qui lui est consacrée et près de 140 tableaux exposés, celui qui s’est fait réformer en 1981 car déclaré « inapte à tout emploi », pensionnaire de la Villa Médicis en 1989, poursuit un travail singulier. Adepte du petit format, il décline son œuvre en séries, abordant chaque fois des sujets apparemment classiques de l’histoire de l’art : des Vanités (1984), des Citrons (1992), des natures mortes (Harengs, 1990, Têtes de mouton, 1993, Bouquets de fleurs, 2014-2016). Comme il l’explique, c’est chaque fois une surprise pour lui de voir surgir une image dans le magma de la pâte. Lorsque cela advient, la palette devient le tableau lui-même. Ainsi, le sujet apparaît comme figé dans une matière presque magique, tortueuse, généreuse autant que potentiellement dangereuse. Denis Laget aime alors à parler d’épiphanie, qu’il traite ensuite en tirant le fil, observant sous ses pinceaux comment s’engendrent les toiles l’une l’autre. Et la veine, pourquoi-comment, il ne cherche surtout pas à savoir, se tarit ; alors se détache une vingtaine de crânes dysmorphiques aux couleurs sulfureuses, des fleurs dont on ne sait plus si elles sont déjà fanées ou stoppées dans leur éclosion, des feuilles de figuiers fondues dans un bain de couleurs si épaisses qu’on croirait distinguer le tronc de l’arbre. Et une continuité se dessine, celle de l’espoir toujours renouvelé de voir surgir une apparition.

ANNA ZISMAN
Juillet 2020

jusqu’au 6 septembre
Musée Estrine, Saint-Rémy-de-Provence
04 90 92 34 72
musee-estrine.fr

Illustration : Denit Laget, sans titre, 2016. Huile sur toile, 46,5 x 38 cm, collection Christophe Mélard, cliché Ludovic Combe © Adagp, 2020