Au CiNEMED, 2 films qui parlent du retour au pays d'enfance

Retours au pays natalVu par Zibeline

• 25 octobre 2014⇒1 novembre 2014 •
Au CiNEMED, 2 films qui parlent du retour au pays d'enfance  - Zibeline

 

Parmi les films en compétition au CINEMED 2014 ,  deux évoquent des retours dans les lieux de l’enfance : Atlit de Shirel Amitay et Standing Aside, Watching de Yorgos Servetas

Fantômes

En gros plan, une tête d’âne mort comme le signe de ce qui a disparu à tout jamais : l’enfance. Et c’est vers la maison où elle a grandi que retourne Cali (Géraldine Nakache) y retrouvant ses sœurs, Darel, l’ainée (Yaël Abecassis) et Asia  la cadette (Judith Chemla). On est en octobre 1995 en Israël, et le camp de la paix prépare une manifestation à Tel Aviv. Les sœurs sont occupées à régler la succession, vendre la maison, un lieu rempli de souvenirs, d’oliviers et d’herbes qui ont envahi le jardin. Mais toutes n’en sont pas au même point avec cet héritage : entre l’aînée, très maternante, qui voudrait rester et la cadette, infantile, qui veut partir en Inde, Cali veut vendre pour pouvoir s’acheter un appartement à Paris. Dialogue difficile qui se complique encore quand apparaissent, de manière inattendue les fantômes de leurs parents (Arsinée Khanjian et Pippo Delbono) qui commentent, interpellent, plaisantent. Surgit aussi le fantôme d’un jeune Arabe qui a été chassé puis tué.  « Face au visible, je voulais évoquer la part d’invisible qui est une permanence dans l’histoire des familles et dans l’histoire d’Israël », précise Shirel Amitay la réalisatrice d’Atlit. Car tout à coup des images à la télévision annoncent ce qui va mettre un terme au processus de paix, l’assassinat de Yitzhak Rabin. A travers cette histoire qui évoque la  transmission entre trois sœurs au sein d’une cellule familiale, se lit bien sûr la métaphore de la situation actuelle et l’intention de la réalisatrice : « Je voulais parler de la Paix, et situer l’action du film à un moment où Israël avait trouvé en Rabin un père pour l’évoquer.(…) La seule chose que j’ai envie de dire, c’est : soyons nombreux à parler de paix. ».

Antigone

Elle s’appelle Antigone. Elle arrive dans une gare où un vieil homme assis sur un banc, sorte de coryphée, lui prédit qu’une tempête se prépare. Comédienne sans succès, qui n’arrivait plus à vivre dans la capitale, elle revient dans sa ville natale et se fait embaucher comme institutrice. Elle retrouve, dans l’école, son amie d’enfance, Eleni qui a une liaison avec un homme violent et autoritaire qui la bat régulièrement. En liberté conditionnelle, c’est le patron d’une casse où travaille le jeune Nikos avec qui Antigone entame une liaison. Elle revoit aussi son ex-ami, Dimitri qui, loin de la violence, de l’intolérance et du racisme qui baignent la ville, peint des  icônes.

Antigone a du mal à accepter le monde rural de son enfance qu’elle ne reconnait plus, qui semble rongé par la corruption et le mal. On tue même les chiens errants ! En essayant d’aider Eleni à sortir du cycle des coups et de la violence, Antigone va perturber l’ordre des choses et comme l’héroïne de Sophocle, venant d’ailleurs, va révéler à chacun sa cupidité, son égoïsme ou sa lâcheté. « Ici, on ne peut que partir. Y’a que les Albanais et les Pakistanais qui restent » lui dit  le vieil homme de la gare, immobile sur son banc.

Dans Standing Aside, Watching, deuxième  film après The Way Things are Determined, Yorgos Servetas dresse un portrait très noir de la Grèce d’aujourd’hui, des relations hommes -femmes et d’une société où la passivité du plus grand nombre ouvre la porte à l’intolérance et peut-être même au fascisme. Il réussit à nous faire percevoir  par une mise en scène très maitrisée la tension qui croit tout au long du film. Il faut saluer tout particulièrement le jeu de Marina Symeou qui incarne avec conviction une Antigone tour à tour fragile, tendre, déterminée, forte, et parfois violente : une Antigone du 21ème siècle

ANNIE  GAVA
Novembre 2014

Photo : Standing Aside, Watching de Yorgos Servetas
Crédit: Feelgood Entertainment

Standing Aside, Watching de Yorgos Servetas a obtenu le Prix NOVA

Cinemed, le 36e Festival international du cinéma méditerranéen, s’est tenu à Montpellier du 25 octobre au 1er novembre
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