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Après mai, le nouveau film d'Olivier Assayas

Retour vers le futur

Après mai, le nouveau film d'Olivier Assayas - Zibeline

De jeunes gens ébouriffés en chemises indiennes et pulls qui grattent, des journaux libertaires distribués à la sortie d’un lycée parisien, Pompidou à l’Élysée, Maigret à la TV sous les traits mous d’un Jean Richard déclinant, les Solex rois, le blues de Captain Beefheart, l’effervescence gauchiste violemment réprimée par les voltigeurs des brigades spéciales, les dissensions entre maoïstes et trotskystes, les slogans de bois de tous les dogmatismes, les balbutiements du terrorisme rouge, l’avortement à Amsterdam, l’internationale situationniste, l’appel des Indes, celui des paradis artificiels… Et Olivier Assayas de nous embarquer dans une traversée des années 70 avec Gilles, Christine, Alain, Jean-Pierre, Vincent et les autres, sans la distanciation historique qui déconstruisait le parcours de Carlos, adoptant le mode plus intime de l’autobiographie, fût-elle générationnelle.

Après mai suit l’itinéraire d’adolescents militants qui croient pouvoir choisir leur futur. On s’attache à l’apprentissage de Gilles (double du réalisateur), partagé entre la loi du groupe et une démarche individuelle qui le conduit de la peinture à la révélation du cinéma.

Si on sent chez Assayas une tendresse certaine pour cette époque d’utopies révolutionnaires, d’expérimentations politiques et artistiques dont la fragmentation du récit rend bien compte, si se dessine chez lui, une forme de respect pour une génération politisée, inflammable (que de feu dans le film!) qui s’est parfois consumée en vain, le cinéaste n’est ni nostalgique ni railleur ni moralisateur. Il s’agit avant tout pour lui de décrire «comment on apprend à penser tout seul tout en demeurant perméable à l’air du temps». Et il sait admirablement inscrire ces corps jeunes dans des décors, où chaque détail est méticuleusement choisi.

Primé à Venise pour son scénario, Après mai  projeté le 9 Oct. en avant-première à Aix, sort en salles le 14 Nov., servi par des acteurs débutants plutôt convaincants, tous nés 25 ans après 68 !

ELISE PADOVANI

Octobre 2012