Le MoCo de Montpellier expose la Collection Cranford en entrée libre

Retour sur les 00’sVu par Zibeline

• 20 mai 2021⇒30 mai 2021 •
Le MoCo de Montpellier expose la Collection Cranford en entrée libre - Zibeline

Entrée gratuite au Mo.Co jusqu’au 30 mai pour découvrir l’exposition 00s Collection Cranford. Les années 2000. Des pièces majeures qui jalonnent les 10 premières années du siècle.

Outre l’intérêt artistique à trouver dans les différentes expositions présentées au Mo.Co – Hôtel des Collections, il se dégage, au moment de cette quatrième proposition consacrée à l’ensemble réuni par Muriel et Freddy Salem, un regard pertinent sur le rapport à la constitution d’une collection. En effet, les deux premières, celles du japonais Ishikawa puis des œuvres non-conformistes russes rassemblées par Andreï Erofeev, restaient assez impersonnelles, se concentrant plutôt sur l’élaboration d’un fonds destiné, pour le premier, à pénétrer le monde de l’art contemporain depuis sa place d’entrepreneur, pour le second, à sauver toute une frange de l’histoire de l’art de son pays. Une autre démarche s’était dégagée de la troisième collection, celle de Catherine Petitgas, centrée sur sa découverte des artistes d’Amérique du sud : on sentait un réel investissement personnel, une approche intime des œuvres, un partage quasi charnel qu’elle offrait au public montpelliérain. Le couple Salem, présent à l’inauguration, entretient le même rapport aux chefs-d’œuvre présentés au Mo.Co. Ça n’est que la deuxième fois qu’ils sortent (hors les prêts individuels de pièces consentis dans le monde entier) au-delà des murs de leur demeure londonienne, et leurs propriétaires étaient visiblement émus de les redécouvrir dans un contexte muséal. Le montage, chronologique, balayant les dix premières années de notre XXIème siècle, impose une ligne qu’ils n’avaient peut-être pas vue se dessiner au fil de l’acquisition des pièces. Ils expliquent en effet être entrés en novices sur le marché de l’art, sans idée préconçue, et s’être laissé porter par les deux curateurs qui les guident dans leurs découvertes (Andrew Renton, puis Anne Pontégnie). Ils aiment considérer leur collection comme la trace de leur apprentissage, la traduction de leur évolution.

Finitude

Il en résulte une impressionnante somme de noms et d’œuvres, intelligemment organisés dans la scénographie sobre de Marie Corbin. Le choix d’élaborer une progression année par année (de 2000 à 2010) indique qu’il est déjà possible d’établir une histoire de l’art du XXIème siècle, et cette volonté est appuyée par la confrontation des œuvres, salle par salle, avec une frise chronologique qui rappelle certains faits. Parfois issue du monde artistique (Création du Prix Marcel Duchamp en 2000, ouverture de l’exposition Jeff Koons à Versailles en 2008,…), souvent beaucoup plus largement partagée (canicule de 2003, création de YouTube en 2005, lancement du premier IPhone en 2007,…), cette timeline crée une synergie entre les œuvres, les souvenirs, l’histoire récente, l’intuition des époux Salem et le public. Le parcours relie les artistes dans un récit qui met sur le même plan les renommés et les jeunes créateurs de l’époque. La Maison de Louise Bourgeois (2000) est installée à côté de Baiser le destin (2000) de Sarah Lucas. Deux sculptures « domestiques » imprégnées de sens multiples. Des miroirs installés en ronde (ceux de la mère de Bourgeois), des mini chaises sous globes de verre, des pieds en bois, rescapés de sculptures anciennes, installés sur trois niveaux d’une maison de poupée plutôt hantée. Quant au canapé rouge de Lucas, il est éventré par un néon phallique, et le tout est bien déglingué. Les années passent, les propositions s’affirment dans l’époque. Le Loup Solitaire III (2003) de Wolfgang Tillmans précède, parmi une foule d’œuvres remarquables, ce que les collectionneurs définissent comme leur pièce maitresse : une série monumentale de quatre tableaux de Sigmar Polke (2007), traits fantomatiques, matières vivantes, radiographies d’un imaginaire en pleine mutation. Et que se passait-il en 2004 ? Arcade Fire sortait son premier album Funeral. Pendant que Damien Hirst produisait Quelque chose et rien, magistrale démonstration de la finitude : des poissons dans le formol, leurs pairs en squelettes, des miroirs, du verre. Une implacable émotion visuelle qui prend aux tripes.

ANNA ZISMAN
Novembre 2020

00s Collection Cranford. Les années 2000
jusqu’au 30 mai
Mo.Co – Hôtel des Collections, Montpellier
moco.art

Illustration Sigmar Polke, Untitled, 2007. Mixed media on fabric, four parts. 240 x 200 cm each © The Estate of Sigmar Polke, Cologne / Adagp, Paris, 2020