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Le Sud était à la Berlinale, avec trois films produits en Paca et un tourné à Marseille

Retour de Berlin

Le Sud était à la Berlinale, avec trois films produits en Paca et un tourné à Marseille - Zibeline

Tout est XXL à Berlin ! Les avenues, les places, les écrans et le Festival International qui s’y déploie en rouge et blanc dans plus d’une quarantaine de cinémas, fin février. Pour cette 68e Berlinale, la Région Sud était là avec 4 films sur les quelque 200 de la Sélection. Deux documentaires, deux fictions, deux réalisateurs, deux réalisatrices : un équilibre parfait.

Rues de Kinshasa jonchées de détritus, voitures qui brûlent, jeunes qui crient leur colère contre Kabila, répression policière violente. La caméra portée entre au cœur du combat pour des élections libres, contre le 3ème mandat du dictateur, entre 2016 et 2017. Ben, revenu d’exil et que sa famille veut protéger, Jean-Marie, torturé, fraîchement libéré, et Christian, militant du parti d’opposition, débattent sur la stratégie à adopter. À travers leurs discussions, le réalisateur congolais pose la question essentielle du choix de la lutte : faut-il privilégier la voie du dialogue comme le prône Étienne Tshisekedi ou, au contraire, se battre dans la rue et risquer morts et blessés ? Kinshasa Makambo, film courageux de Dieudo Hamadi, coproduit par Les Films de l’Œil Sauvage, trouve un tragique écho dans l’actualité de février 2018.

Même section, autre continent, autres rues, autres violences pour Game Girls d’Alina Skrzeszewska, produit par Films de Force Majeure. Immersion dans Skid Row, quartier noir sinistré de Los Angeles, que les anges ont déserté depuis longtemps, peuplé par des pauvres, des sans-abris, des dealeurs et des drogués. La réalisatrice y suit les tribulations de deux filles, Teri et Tiahna, la maigre et l’obèse, la folle et la pragmatique, celle qui rêve de s’en sortir et celle qui s’accommode des règles du jeu de la rue. Ces deux-là s’aiment, se déchirent, s’épaulent et leur histoire se construit comme une fiction. Teri cabotine, toujours sur le fil, bouleversante. Sur ce fonds de brutalité sociale, on entend son espoir et celui des femmes du quartier qui s’expriment dans des ateliers artistiques et thérapeutiques, espoir tenace, même si « tu vois, le dernier nègre qui a eu un rêve on l’a buté ! »

Retrouver le Mucem de Ricciotti et la Tour de Zaha Hadid dans une adaptation du Transit d’Anna Seghers, qui se déroule en 1940, peut paraître surprenant : c’est pourtant le parti pris, difficile, de Christian Petzold. Les tenues contemporaines, les immigrés nord-africains clandestins, les CRS casqués figurant le bras armé des fascistes, télescopent le scénario du roman : Georg (Franz Rogowski) fuyant l’avancée des Allemands, se retrouve à Marseille, en zone libre, au milieu de tous ceux qui espèrent obtenir des papiers pour embarquer vers l’Amérique. Il usurpe l’identité d’un écrivain suicidé, obtient le visa qui lui était réservé, tombe amoureux de sa femme. Transit, coproduit par Néon Productions s’orchestre autour des personnages croisés et des fantômes qu’ils deviennent. Toute avancée s’y annule.

Dans un superbe NB, une femme de dos regarde la mer en fumant. La femme, c’est Romy Schneider, et la plage, celle de Quiberon, où l’actrice de 42 ans est en cure, essayant de soigner son mal-être. Rejointe par ses amis, Hilde et le photographe Robert Lubeck, elle a accepté de donner trois jours d’interview à Michaël Jurgs, un journaliste prêt à tout pour qu’elle se « lâche ». Dans cet endroit coupé du monde, celle qui ne supporte plus d’être Sissi nous livre ses doutes, ses peurs, sa culpabilité d’être une mauvaise mère. Magnifique portrait intime d’une actrice, tour à tour désespérée et rayonnante, incarnée magistralement par Marie Bäumer dont la ressemblance avec Romy est saisissante, 3 jours à Quiberon, le dernier film d’Emily Atef, coproduit par Tita Productions, pose aussi la question de la mise en scène de soi et de l’éthique du journaliste. Beau travail !

ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI
Mars 2018

La 68e Berlinale a eu lieu entre les 15 et 25 février à Berlin

Photographie © Annie Gava