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Vu par Zibeline

Représentation théâtrale au Jeu de Paume à Aix-en-Provence

Retisser le réel

Représentation théâtrale au Jeu de Paume à Aix-en-Provence  - Zibeline

L’ombre envahit le plateau, silence que viennent peupler quelques sonneries de portables, une nappe sonore glisse son velours ; trois comédiens (Stéphane Brouleaux, Geoffrey Mandon, Olivier Veillon), à l’instar d’un chœur antique, se dressent, partageant les mots de Face à la mère du dramaturge Jean-René Lemoine (Solitaires Intempestifs, 2006).

Tentative bouleversante de dire à celle qui a disparu tout ce qui n’a pas été formulé à temps. À travers l’évocation de sa mère, l’auteur se livre à une reconstruction de sa mémoire, et par là se fonde. « Si je me souviens bien, ce fut dans un théâtre (…), et ce jour-là, les comédiens répétaient une scène de Richard III ». À la tragédie shakespearienne correspond celle du protagoniste à qui un coup de téléphone apprend la mort de sa mère.

Ce jour « où l’univers s’est arrêté » ouvre un ample poème où se déclinent l’absence, le manque, les récriminations aussi, contre une éducation parfois trop rigide, l’exil à l’époque des Duvalier en Haïti, la terreur organisée sous le président Aristide. La mort de la mère en 2002, assassinée chez elle, devient alors le symbole de tout un pays en proie à la destruction et aux meurtres.

Le retour du narrateur dans la maison familiale haïtienne lui fait découvrir le passé de sa mère, et l’auréole d’un éclairage insoupçonné par les témoignages des personnes qui l’avaient connue, et offrent le portrait d’une inconnue… « Où sont les chemins de l’enfance ? » Les acteurs arpentent le plateau comme pour retrouver les replis infinis d’une jupe blanche, lumineuse au revers des « larmes, épilogues des rêves de la nuit ».

Alexandra Tobelaim met le texte en espace, conjuguant les mots et les notes minimalistes d’Olivier Mellano, jouées par Astérion (contrebasse), Yoann Buffeteau (batterie), Lionel Laquerrière (guitare). Sans doute, on aurait aimé être en proie à l’émotion, dans la narration de cet « interminable et caillouteux chemin » sans véritable tension dramatique, parsemé d’accrocs dans la diction, d’évolutions auxquelles manquait parfois une réelle intensité, de paroles chantées trop peu articulées…

Entre limbes et lumières, une création intéressante qui doit encore trouver ses marques.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Face à la mère a été créé du 4 au 6 octobre au Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photo 1 : Face à la mere © Gabrielle Voinot
Photo 2 : Face à la mère, photo de répétition -c- Cie Tandaim


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/