Jeanne Dressen signe avec À ma place une ode généreuse à l’engagement politique

Rester deboutVu par Zibeline

• 9 septembre 2020⇒9 octobre 2020 •
Jeanne Dressen signe avec À ma place une ode généreuse à l’engagement politique - Zibeline

On tend à oublier ce que la Nuit Debout a su incarner pour la France de 2016 : ce désir de justice sociale mêlé à une effervescence intellectuelle, qui souhaitait faire de chaque spectateur un acteur du mouvement ; cette envie de repenser la lutte et d’en faire converger les tenants. La jeune Savannah saisie par la caméra de Jeanne Dressen résume à elle seule l’évidence et la force de tels désirs. La finesse du discours, la générosité dans la prise de parole, l’évidence avec laquelle l’intelligence de la jeune femme se transmet à l’assemblée est belle à voir. De même que l’enthousiasme à toute épreuve avec lequel Savannah traverse des espaces qui ne lui ressemblent que partiellement : les assemblées générales, les murs de son université, la campagne d’où elle vient, le foyer parental … L’image se lézarde vite, sans pour autant perdre de sa force : épuisée, traumatisée aussi par les violences policières qui se multiplient, Savannah souffre dès qu’elle ne sait plus lutter. Brillante, cette fille d’ouvrier, d’un père « chômeur alcoolique – et alors ? » se voit offrir la possibilité d’intégrer Normale Sup. Tout en redoutant d’avance d’y perdre davantage en pertinence que d’y gagner. Sans misérabilisme mais sans emphase aucune, À ma place dit avec une sagacité bouleversante quelle distance une transfuge de classe peut parcourir sans perdre de sa combattivité, et quel millimètre peut se révéler insoutenable après des pas de géant.

SUZANNE CANESSA
Septembre 2020

Jeanne Dressen, À ma place, 1h04
Sortie le 9 septembre

Photographie :  Outrage © Jeanne Dressen – Séphane Burlot – Studio Hans Lucas