Rencontre avec Teona Strugar Mitevska dans le cadre de Films Femmes Méditerranée

Résister pour existerVu par Zibeline

Rencontre avec Teona Strugar Mitevska dans le cadre de Films Femmes Méditerranée - Zibeline

Comme l’héroïne de son dernier film, Teona Strugar Mitevska existe : elle a donné une belle « Leçon de cinéma » le 3 décembre aux Variétés. Récemment récompensée à Berlin et à Bruxelles pour Dieu existe, son nom est Petrunya (écouter ici notre rencontre), la réalisatrice macédonienne a évoqué les thèmes abordés dans ses 5 longs métrages, hélas peu et mal distribués en France et a fortiori à Marseille. « Je traite toujours les mêmes sujets » s’amuse-t-elle. Petrunya est un brûlot contre le patriarcat macédonien où sabre et goupillon seront vaincus par la force tranquille d’une jeune femme  que rien ne prédestinait à devenir une héroïne. On y trouve comme dans les films précédents : le passé compliqué du Pays, son actualité de chômage et de récession vers l’obscurantisme, la maternité, l’ancrage dans le réel violent et cru, la part des rêves, la liberté qui se gagne, et une fin heureuse. De Comment j’ai tué un Saint (2001) à Quand le jour n’avait pas de nom (2017) en passant par Je suis de Titov Veles (2009) et Les Louves (2012), une œuvre singulière se dessine. Exclusivement tournée en Macédoine bien que la réalisatrice n’y vive plus depuis longtemps. Ces lieux prégnants, soigneusement choisis pour exprimer le contexte sans besoin de discours, sont pensés dès l’écriture. Car le cinéma est un art visuel, sensoriel qui « dit » par la lumière, le cadrage, la mise en scène. La position de la caméra, qui peut devenir un personnage à part entière, y est primordiale. Pas d’improvisation ! Rien n’est laissé au hasard. D’abord parce que réaliser un film est onéreux et qu’il ne faut pas hésiter, ensuite, parce que cette réalisatrice conçoit chaque plan comme un tableau composé au préalable. Ainsi le cadrage du personnage de Petrunya devant le poster géant d’une forêt exubérante, si improbable dans un poste de police, ou au centre de triptyques par allusion aux icones ou à la Trinité. À une dernière question de la salle sur les difficultés rencontrées, Teona a répondu : « Je résiste ». Un beau programme !

ELISE PADOVANI
Décembre 2019

Ce film a été projeté dans le cadre du Festival Films Femmes Méditerranée

Photo © Pyramide Films

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes