Thomas Cantaloube invité par les Nouvelles Hybrides à Mirabeau

Requiem pour une naissanceLu par Zibeline

Thomas Cantaloube invité par les Nouvelles Hybrides à Mirabeau - Zibeline

« De journaliste baroudeur, vous passez au statut d’écrivain », sourit Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, en s’adressant à l’invité des Nouvelles Hybrides, Thomas Cantaloube, actuellement grand reporter au pôle international de Mediapart (depuis 2008), et dont le premier roman, Requiem pour une République, paru en 2019, collectionne déjà les récompenses. Du journaliste restent sensibles le goût de la précision, la documentation serrée, la clarté, mais « l’écriture romanesque, affirme l’auteur, c’est la liberté ! Enfin des dialogues, la possibilité des “ gros mots ”, des phrases sans verbe. On peut se permettre des impasses, garder du flou. Il suffit de quelques allusions et tout de suite un milieu, une situation surgissent, grâce aux images de cinéma que nous connaissons tous… ». Les influences se dessinent depuis James Ellroy, aux auteurs de Série Noire, le cinéma aussi pointe ses images avec Melville, les dialogues d’Audiard. « J’ai toujours travaillé à l’international, la fiction est un moyen de me confronter à mon pays, sans doute parce que j’adopte alors une écriture différente, avec un style plus personnel ».

Le paradoxe du titre attire, l’ouvrage évoque la naissance de la Ve République, qui semble, dès ses débuts, porter les germes de sa fin. L’action se déroule en 1959, « la guerre d’Algérie s’invite en France, avec des attentats, c’est une époque très violente que l’on a tendance à occulter aujourd’hui. La France blanche est en train de se métisser en même temps qu’elle perd son empire colonial, et voit dans l’appropriation du nucléaire une autre manière de rester une grande puissance ». L’auteur s’empare d’un genre avec ses stéréotypes, les déconstruit, ajoute des « zones de gris », inscrit l’intrigue rocambolesque à souhait dans un maillage historique qui permet de faire apparaître en personnages secondaires les silhouettes de Papon, Mitterrand, Debré, Le Pen…, dessine les accointances entre la pègre et la politique. Le tout est habité d’un souffle dynamique qui emporte le lecteur, en un tournoiement qui se moque des codes, puissant et burlesque à la fois. Génial !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2020

Cette rencontre a eu lieu le 5 mars à la bibliothèque de Mirabeau.

Requiem pour une République, Thomas Cantaloube, éditions Gallimard, 21 €