Décevant Requiem, proposé par Les Hivernales et l'Opéra Grand Avignon

Requiem de l’ennuiVu par Zibeline

Décevant Requiem, proposé par Les Hivernales et l'Opéra Grand Avignon - Zibeline

Annoncée pour la 43e édition des Hivernales, la création de Requiem (Siá Kará) n’aura finalement pas eu lieu à Avignon pour cause de crise sanitaire mais à Bolzano, en Italie, l’été dernier. C’est donc une première représentation en France très attendue de la pièce de Radhouane El Meddeb et Matteo Franceschini qu’ont accueilli conjointement le festival du Centre de développement chorégraphique national et l’Opéra Grand Avignon. Ce Requiem, en référence à l’œuvre de Mozart, nous laisse malheureusement sur notre faim. Né d’une commande, il met en scène six danseurs et danseuses cubain·es de MiCompañia, la compagnie de Susana Pous Anadon, entouré·es par un groupe hétéroclite d’anonymes. Cette communauté passive qui s’étoffe, se déplace lentement, comme intrigué par ce qui se déroule sous ses yeux. Les hommes et les femmes qui le composent observe les six corps en mouvement, tels des témoins d’une expression difficilement perceptible. On peine à imaginer derrière ce qui meut et emporte les interprètes un questionnement sur les rapports et les interactions entre les individus et le collectif. Mécanismes d’entraînement, phénomène d’embrigadement, velléités de révolte, élan de liberté, les messages s’entrechoquent sans véritable dialogue ni entre eux ni avec la musique produite en direct. Derrière sa machine, Tovel (qui n’est autre que le nom de scène du compositeur Matteo Franceschini) envoie des sons électroniques dont on saisit tout aussi mal l’inspiration mozartienne. Peu importe, la déception vient en réalité d’ailleurs. Annoncé comme « une réflexion sur l’essence de l’humanité » censée invoquer « le rassemblement et le rite », Requiem nous perd dans un propos chorégraphique pauvre en souffle et en ruptures. S’il ne nous accompagne pas vers la mort, Requiem nous plonge dans l’ennui, permettant difficilement de satisfaire son autre titre, Siá Kará, expression cubaine enjoignant à arrêter de se plaindre.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2021

Requiem (Siá Kará) a été joué le 21 novembre, à l’Opéra Grand Avignon.

Photo © Andrea Macchia