Retour sur le concert d'ouverture de la Roque d'Anthéron

Renouer avec la magie des originesVu par Zibeline

Retour sur le concert d'ouverture de la Roque d'Anthéron - Zibeline

Le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron retourne aux sources avec une ouverture chambriste, ayant dû renoncer aux amples formations qui ont enflammé les dernières années sous la conque du parc de Florans.

Le subtil pianiste Nelson Goerner était entouré pour cette première soirée au public complet mais compté, du Quatuor Modigliani  (Amaury Coeytaux, Loïc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, François Kieffer, violoncelle) et du contrebassiste Yann Dubost.

Le célèbre Quintette pour piano et cordes en la majeur opus 114 D.667 de Schubert, La Truite, ouvrait le bal, offrant ses cinq mouvements avec une élégante vivacité. Œuvre du jeune Schubert, (il la composa à vingt-deux ans), elle est une invitation à la légèreté, au bonheur, réponse espiègle aux restrictions actuelles, avec son ton de liberté. Le dernier mouvement construit autour du célèbre thème la chanson Die Forelle (La Truite), prend ici un relief particulier, le récit de pêche à la ligne devient une saynète impressionniste où se dessinent les éclats vifs du poisson fuyant.

Le jeu précis et aérien du pianiste trouvait dans l’interprétation du deuxième Concerto pour piano et orchestre n° 2 en fa mineur opus 21 de Chopin, transposé pour piano et quintette, son expression la plus complète. Déjà superbement pertinent dans le Schubert, Nelson Goerner apportait à la partition de Chopin la grâce de ses variations de tonalité, mêle au quintette des cordes, qui sonne parfois comme un orchestre, ses phrases emportées, esquisse en un chant lyrique le portrait de l’aimée, s’évade du côté des thèmes folkloriques de la valse et de la mazurka. Les notes s’égrènent avec une clarté sensible, accordent une profondeur au jour qui s’éteint alors que les cigales cymbalisent. La souple fluidité les aigus, la vélocité éblouissante des traits, les tremolos bouleversants d’une émotion contenue, soutendus de graves puissants, transmutent le propos en poésie pure, répondant aux mots de Baudelaire qui qualifiait cette musique de « légère et passionnée », semblable à « un oiseau voltigeant sur les horreurs d’un gouffre ».

Après cette épure, il était un peu curieux de réentendre le dernier mouvement de La Truite en unique bis, beau certes, mais on aurait aimé une de ces délicates surprises auxquelles le génial pianiste nous avait habitués les années précédentes.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert d’ouverture du Festival de la Roque d’Anthéron donné le 1er août à l’auditorium du Parc de Florans.

Photographie © Christophe Grémiot