Vu par Zibeline

Trois expositions à voir au Frac Paca jusqu'au 18 février

Rendez-vous en terres inconnues

• 2 décembre 2017⇒18 février 2018 •
Trois expositions à voir au Frac Paca jusqu'au 18 février - Zibeline

Argentine, Allemagne, Colombie, Sénégal : le Frac Paca clôt l’année avec trois expositions traversées par l’imaginaire, l’émotion et la quête d’identité.

Au commencement était le verbe, puis le livre, et enfin l’objet. L’écrivain argentin Eduardo Berti a eu l’idée lumineuse de puiser dans la littérature matière à écrire un inventaire des inventions insolites des auteurs ! De la machine à voyager dans le temps de Jules Verne au paléophone de Charles Cros, précurseur du phonographe d’Edison… Ainsi ont pris forme l’ouvrage Inventaire d’inventions (inventées) aux éditions La Contre Allée et l’exposition éponyme au Frac. Car Eduardo Berti a profité de sa résidence à La Marelle pour inviter le collectif berlinois Monobloque (Dorothée Billard et Clemens Helmke) à concevoir son propre catalogue d’objets, de vidéos, de dessins et de mobiliers servant ladite exposition. Rayonnages de bibliothèque pour accueillir 75 vrais livres et ouvrages fictifs, chaises à fonctions multiples, baby-foot graffeur et lampes que le public peut expérimenter à sa guise. Dans son délire oulipien, le trio a fait preuve d’une irrésistible envie de jouer, d’apprendre, de partager ses découvertes à travers une abondante production littéraire (« en plus d’inventer des inventions, les écrivains inventent des inventeurs ») et formel (jusque dans les dessins et les schémas de l’ouvrage). Si la machine à donner des réponses de Fredric Brown n’existe pas, l’exposition Inventaire d’inventions (inventées) est une formidable machine à poser des questions !

« En nommant les choses, on les fait exister »

À côté d’Eduardo Berti et Monobloque qui font exister les choses en les nommant, Albertine de Galbert fait entendre Le bruit des choses qui tombent. La commissaire d’exposition reprend à son compte le titre du roman de l’auteur colombien Juan Gabriel Vàsquez et, dans le contexte de l’Année croisée France-Colombie 2017, construit un parcours autour d’une émotion : la peur. « Sujet vaste au risque d’être caricatural, sentiment qui nous use et qui nous paralyse » qu’elle aborde d’un point de vue psychiatrique et philosophique (peurs liées à l’enfance et au passage à l’âge adulte, peur latente, peur liquide…) faisant référence aux sciences cognitives, aux autorités familiales, religieuses ou politiques. Le parcours volontairement non didactique et non historique enrichit notre connaissance de la scène colombienne par la présentation des pratiques de 14 artistes mises en regard avec 12 œuvres tirées de la collection. La circulation visuelle et sonore entre les plateaux, entre espaces intérieurs-extérieurs ou dans les face-à-face, optimise son questionnement : « La peur est en chacun de nous. Comment les artistes réagissent-ils face aux flux de tensions anxiogènes ? ».

Il l’appelait « Maman »

Olivier Rebufa est de retour du Royaume de Babok après des années d’itinérance entre Dakar où il est né, Marseille où il vit et la Guinée-Bissau où il a été initié par Dina, la chamane qu’il appelait « Maman ». Son périple métaphysique a nourri sa pratique photographique d’un corpus d’images, de sensations, d’expériences pour aboutir dans un premier temps à Kawat Kamul, exposition présentée au centre d’art Le Moulin à La Valette. Et aujourd’hui au Frac où il rassemble travaux anciens sur la poupée Barbie ; série d’autoportraits en 3D Les Avatars de l’esprit ; installation chaotique d’objets, de fétiches, textiles et odeurs qui l’ont accompagné ; radiographie placée derrière son autel ; série photographique de crânes sacrés. Avec, décentré et presque caché, un autoportrait filmique de l’artiste dansant, appareil photo autour du cou, presque prêt à dégainer, réminiscence des cérémonies africaines qui l’ont construit. D’inventaire il en est encore question, avec l’Afrique comme talisman.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2018

Inventaire d’inventions (inventées)
Le bruit des choses qui tombent
Au royaume de Babok
jusqu’au 18 février
FRAC, Marseille

Photo : Paulo Licona, La peste negra o el triunfo de una hermosa rata, 2017, Installation in situ, techniques diverses Courtesy de l’artiste © JC Lett


FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
http://www.fracpaca.org/