Bonheur des rencontres et conférences au MuCEM

Rencontrer l’autreVu par Zibeline

Bonheur des rencontres et conférences au MuCEM - Zibeline

Au MuCEM les débats ont trouvé leur rythme de croisière, leur public et leurs formes.

Le cycle Le temps des archives, élaboré en partenariat avec l’INA, repose sur la confrontation de paroles d’historiens et de témoins avec des images d’archives télévisuelles. Ainsi Marie Claude Souaid et Jihane Sfeir se sont confrontées au traitement médiatique français de la guerre du Liban, de ses prémisses, de la montée des phalanges chrétiennes, de l’occupation Israélienne, puis des massacres et de leurs traces. Émouvante, bouleversante même, cette rencontre a aussi permis de mieux comprendre les alliances objectives entre Chrétiens Libanais et Juifs d’Israël, le retournement de la Syrie contre les Palestiniens… mais aussi de constater comment l’information se fabrique, subjectivement, parce que les Chrétiens parlent Français et pas les Musulmans…

La prochaine rencontre, qui conclura le cycle, sera plus ludique, s’attachant aux archives de la Fiat 500, le 25 mai à 19h.

Le cycle Civilisation et Barbarie repose sur un concept à l’œuvre, qui permet de faire le tour du monde en traversant les sciences humaines, à mi-chemin de l’histoire, de la politique, de la philosophie. Le concept de barbarie, et son revers de civilisation, est en effet commun à toutes les… civilisations, même s’il ne recouvre pas tout à fait les mêmes notions. Brillamment introduite par Tzvetan Todorov, la rencontre avec Anne Cheng s’attachait, le 17 avril, à la vision chinoise de l’altérité, que l’Européen ne peut comprendre sans abandonner l’idée que la Chine est, justement, sa propre altérité. Anne Cheng a fait entrer son auditoire dans la pensée chinoise, et précisé la notion de barbarie de ce pays qui s’est si longtemps pensé monde, et seule civilisation. Et montré comment Confucius a un héritage contradictoire, garant de valeurs traditionnelles oppressantes, ou au contraire d’une Raison qui permet la liberté.

Sanjay Subrahmanyam nous fit voyager vers l’Inde avec le même sens des nuances, et en centrant son propos sur l’opposition historique entre Hindous et Musulmans. Tout en expliquant que, dans la société de castes, l’étranger était aussi l’Intouchable, le hors-caste en général : l’addition des minorités construit en Inde un visage du Barbare extrêmement présent, toujours péjoratif, et multiforme. Pour autant il s’attacha, sans nier les violences, à les relativiser, et à parler aussi des syncrétismes… Exposé que Todorov compléta de quelques remarques pour généraliser son propos : «Ainsi la violence ne serait pas un incident lorsque deux groupes se rencontrent, mais la règle…» et posa une question qui vaut pour tous les modèles d’intégration : «L’absence de volonté de conversion d’un peuple, colonisé ou immigrant, relève-t-elle de la tolérance, ou du mépris ?» Car vouloir intégrer l’autre c’est déjà le considérer, mais non pour ce qu’il est…

Ce cycle passionnant se poursuivra le 5 juin avec la conférence d’Achille Mbembe sur la post-colonie en Afrique, et se conclura, lors de l’anniversaire du MuCEM le 6 juin, par la conférence générale de Todorov sur La Peur des Barbares.

Un autre cycle, littéraire, s’est achevé le 12 mai : Au comptoir de l’ailleurs était consacré au Polar Marseillais, et Méditerranéen, avec Cédric Fabre qui publie une anthologie Marseille Noir, Philippe Carrese (Le Virtuose Ostinato, Ed. de l’Aube), et Massimo Carlotto, auteur du Souffle court (Métailié). La rencontre fut passionnante, parce que Carrese sait raconter des anecdotes, parce que Cédric Fabre a un regard clair sur Marseille et sa littérature, parce que Massimo Carlotto sut élargir la notion de Polar Marseillais, montrant comment Izzo a fait naître un courant dans toutes les villes qui ressemblent à cette cité. Ce polar, né en 1995 autour de la trilogie de Fabio Montale, construit des histoires policières qui sont «des excuses pour décrire la réalité sociale». Car selon lui «les caractéristiques criminelles des villes méditerranéennes sont similaires : la relation entre le milieu criminel, la police et la justice y est particulière, tout comme le lien entre la politique, la finance et le milieu entrepreneurial». Cédric Fabre ajouta au tableau cet amour-haine si particulier pour le territoire, et Carrese de conclure en disant que cette période du polar était achevée, qu’il fallait que d’autres générations (et des femmes !!) viennent un peu renouveler ces formes romanesques. D’ailleurs son dernier roman n’est pas du tout un polar ! Celui de Massimo Carlotto, parfois complaisant dans la description de la violence, s’appuie aussi sur des clichés médiatiques, malgré la juste analyse des changements des jeunes mafieux, beaucoup plus cultivés, et intégrés, que leurs pères…

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2014

Vous pouvez retrouver des entretiens avec Sanjay Subrahmanyam, Anne Cheng, Cédric Fabre… sur notre webradio www.journalzibeline.fr/zibeline-web-radio

 

Changement de propriétaire

L’architecte Patrick Bouchain raconte en un tableau l’histoire de l’ourson Michka, en s’emparant de 50 objets des réserves qu’il met en scène devant un fond déclinant la narration sur de beaux gris, et des cartels qui se déploient comme un livre… Parfait pour réhabiliter les objets d’enfance, et la lecture !

Retrouvez l’entretien avec Patrick Bouchain sur notre webradio

Jusqu’en avril 2015
Centre de Conservation et de Ressources (La Friche)

04 84 35 13 13

Jouet-chat,-1ère-moitié-XXème--©-MuCEM---Yves-Inchierman

Photos : Sanjay-Subrahmanyam-©-Molly-Benn et Jouet chat, 1ère moitié XXème © MuCEM – Yves Inchierman

 

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