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Cocktail réussi : Nelson Freire, le Sinfonia Varsovia et Lio Kuokman

Rencontre des mondes

Cocktail réussi : Nelson Freire, le Sinfonia Varsovia et Lio Kuokman - Zibeline

Fidèle de la Roque d’Anthéron, Nelson Freire était attendu par le public comme à un rendez-vous familier et espéré. Et une fois encore, les spectateurs de la grande scène du parc du Château de Florans ont été conquis, subjugués par la finesse, la légèreté, l’élégance du jeu du pianiste brésilien. Le piano semble avoir oublié sa mécanique, l’assemblage complexe de ses marteaux –ils ont disparu-, de ses cordes frappées –évanouies-, de ses touches d’ivoire –évaporées-… Reste un souffle aérien, subtil, auquel le Sinfonia Varsovia donne la réplique, plus lourde, massive, aux débuts du Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur opus 83 de Brahms, avant de trouver des voies plus légères, sous la houlette enthousiaste et précise de Lio Kuokman. Répliques arpégées, miroitements, élans démesurés et recueillement, le pianiste se glisse dans tous les registres, donne à percevoir l’invisible, laisse la musique naître de la respiration du vent dans les feuilles des grands arbres du parc, s’accorde à la beauté du monde, contemplation de l’Andante en réponse à la véhémence de l’Allegro appassionato, swing de l’air tzigane lors de l’Allegretto grazioso… Au public qui l’ovationne, Nelson Freire, revenu à petits pas, offre en bis le Nocturne opus 16 n° 4 de Paderewski, délicate douceur, la nuit n’est plus qu’un velours où se tissent les songes…

C’est l’une des œuvres les plus connues sans doute du répertoire symphonique (et des plus reprises dans la chanson, les films…)  dont s’empare avec fougue le Sinfonia Varsovia en deuxième partie, la Symphonie n°9 en mi mineur opus 95, Du Nouveau Monde de Dvorák. Il paraîtrait même que Neil Armstrong en emporta un enregistrement sur Apollo 11 un certain 20 juillet 1969… le Sinfonia Varsovia sonne avec la somptuosité d’un orchestre wagnérien sous la direction enlevée de Lio Kuokman. Influence de la musique des Indiens d’Amérique, dont les particularités rythmiques se fondent à la composition, apportant leur riche palette, vivacité du jeu, puissance de l’écriture, tout est rendu avec une énergie communicative qui suscite l’enthousiasme du public. Un élixir de jouvence !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 11 août au parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron.

Photographie © Christophe GREMIOT