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Vu par Zibeline

Les 16 et 17 novembre, CinéHorizontes rendait hommage à l'œuvre de Carlos Saura

Rencontre avec Carlos Saura

• 20 juillet 2019, 16 novembre 2016 •
Les 16 et 17 novembre, CinéHorizontes rendait hommage à l'œuvre de Carlos Saura - Zibeline

Carlos Saura était l’invité de CinéHorizontes, les 16 et 17 novembre. Le 15è festival du Cinéma espagnol de Marseille proposait une mini-rétrospective de son œuvre en quatre films choisis dans une abondante filmographie. La cousine Angélique (1974), Maman a cent ans  (1979), Vivre vite (1981) et enfin Jota, son dernier opus (2016), un nouveau film musical après Carmen, L’amour sorcier, Tango, Sevillanas, Flamenco, Fados et ArgentinaSaura qui a su contourner en son temps la censure franquiste, s’engageant dans une satire voilée par la métaphore et l’allégorie, s’est éloigné de la fiction critique pour explorer l’âme musicale de l’Espagne et de l’Amérique latine, entreprendre des voyages sensoriels, percevoir la vibration universelle du chant et de la danse.

A l’occasion des rencontres organisées par le Festival, quelques questions ont pu lui être posées.

Vos premiers films portaient un regard critique sur la société espagnole. Vous semblez vous être orienté depuis quelque temps déjà vers un cinéma plus esthétique, « dégagé » de cette implication politique, déconnecté de la réalité actuelle du pays ?

C. S : Quand j’ai fait Les voyous (1960), en Espagne, la censure m’a coupé quinze minutes ! et j’étais convaincu que je ne referais plus jamais de film… Je fais partie des personnes qui ont connu dans leur enfance la guerre civile. Et je me souviens de tout ! Des morts, des bombardements… Bien sûr, il y a des problèmes politiques et sociaux très graves dans le pays aujourd’hui, repris par les documentaires politiques et les médias, bien sûr on parle de corruption tous les jours à la télévision mais on ne se trouve pas dans un système fasciste et policier tel que je l’ai connu. Même si hélas ! ça peut changer. Je parlais beaucoup avec Buñuel de la nécessité de faire un cinéma imaginatif et pas seulement des films réalistes – même si j’ai réalisé des films réalistes. Un film semi-musical comme Le septième jour me paraît plus fort que La Chasse. Quand j’ai pris la décision de m’orienter vers des films musicaux, le producteur, un ami formidable, m’a téléphoné et m’a dit : mais  qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas détruire toute ta carrière ! Tu vas faire une espagnolade ! Il ne voulait pas prendre de risques mais la vie est risquée. J’ai fait Bodas de sangre et après Carmen, qui a obtenu un succès incroyable dans le monde entier; ça m’a donné la possibilité de continuer. J’ai fait plus de quarante films et ce sont tous des films que j’ai voulu faire ! Le cinéma pour moi c’est une activité parallèle à ma vie.

Vous réalisez des documentaires et des fictions, qu’est-ce qui fait que vous optez pour l’un ou l’autre ?

C.S : D’abord, mes films musicaux ne sont pas des documentaires ! Et c’est ça le grand problème : c’est difficile de dire ce qu’ils sont !  Ni vraiment documentaires ni vraiment fictions. Ce sont des matériaux imaginatifs sur la musique. Et la mise en forme de ces matériaux est le moment le plus difficile et le plus créatif pour moi. Ça dépend de la lumière, de la direction que je veux donner au film… C’est une autre façon de faire du cinéma. Je n’aime pas tourner quelque chose qui est entièrement écrit, qui est meilleur dans la tête que sur l’écran parce que ce qu’on a dans la tête est parfois impossible à réaliser pour des raisons budgétaires ou autre. J’aime garder la liberté d’expérimenter, d’improviser avec ma caméra ( même si les numéros des danseurs, eux, sont parfaitement millimétrés ). Je cherche à garder une création vivante, à rester dans la fluidité d’un rythme choisi.

Et pourquoi la Jota, cette fois-ci ?

C.S : L’autre jour, j’ai fait une interview avec un expert du flamenco et il disait que toute la musique espagnole est en rapport avec la jota. Elle serait un peu « la mère » de toutes les musiques d’Espagne. Les Alegrías de Cádiz sont basées sur la jota aragonaise. Et la jota a même un rapport avec les danses françaises anciennes. Elle entretient des liens avec beaucoup de choses. Ce qui est beau, ce sont ces connexions, ces influences, cette communion des musiques entre elles. L’idée de mes films musicaux, c’est d’aller toujours plus loin, au-delà du côté folklorique ou traditionnel.

Dans vos films les coulisses, les décors sont toujours présents. Pourquoi ?

C.S : Je ne vais pas faire de psychanalyse mais, avant d’être cinéaste, je suis photographe spécialisé surtout en musique et danse. Ma mère était concertiste de piano et je connais très bien la musique classique bien que mon intérêt se soit porté sur la musique populaire, contre le désir de ma famille. J’allais aux festivals avec ma mère et ça me permettait une chose formidable : voir les répétitions. Je préfère toujours la répétition à la représentation finale. Quand tu regardes une représentation du Lac du cygnes, c’est très joli. Mais quand tu vois une répétition, tu te rends compte des difficultés des artistes. Ils suent, souffrent… C’est pour ça que je préfère ce côté-là et que je filme les coulisses. Je deviens une espèce de « voyeur » qui aime et regarde la danse.

Vous êtes cinéaste et photographe. Quelle est pour vous la différence principale entre l’une et l’autre discipline ?

C.S : Pour moi le cinéma est comme un miroir, quand tu te déplaces, l’image se déplace avec toi. La photo non, c’est quelque chose de terrible.

Propos recueillis par Borja de Miguel en conférence de presse ouverte, mis en forme par Elise Padovani

novembre 2016

Photo : Borja de Miguel


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