J’ai des doutes, le bonheur des mots au Jeu de Paume

Rencontre au sommetVu par Zibeline

J’ai des doutes, le bonheur des mots au Jeu de Paume - Zibeline

Tout commence dans les hauteurs avec la venue de Dieu en chair et en os sur la scène du Jeu de Paume. N’ayant plus rien à faire, « notre père qui êtes aux cieux, s’ennuyait » et sa mauvaise humeur transforme son paradis en enfer. Quel remède à ce désespoir divin ? La venue de Raymond Devos ! Un Raymond Devos que l’on ne convoque pas, mais que l’on convie, car « plus qu’un artiste, c’est un créateur »… affirme Saint-Pierre qui doit affronter la colère du Tout-Puissant, qui se considère comme le « seul Créateur »… Bref, par la grâce de François Morel, voici Devos, au « look d’enfer », en représentation devant Dieu et l’assemblée des anges, qui applaudissent de toutes leurs ailes, si bien que Dieu, jaloux (c’est bien connu), renvoie l’humoriste sur terre. Et c’est tant mieux, car par l’entremise de l’autre amoureux des mots qu’est François Morel et de son complice le pianiste et compositeur Antoine Sahler (auteur des musiques et arrangements du spectacle), les sketches de Devos trouvent une nouvelle vie –Caen, La mer démontée, J’ai des doutes, Mon chien c’est quelqu’un, Le plaisir des sens, L’ouïe de l’oie de Louis-, sans compter dans cette liste non exhaustive le jubilatoire Je hais les haies, mis en musique et repris en chœur par un public en fête lors des rappels. La voix du « maître » s’immisce par le biais d’extraits de radioscopies de Jacques Chancel (une grande marionnette énigmatique, fantôme de l’orfèvre du langage se tient, expressive entre les deux comédiens, avant de prendre la place du meneur de jeu), en une vertigineuse mise en abyme. Entre les deux pianos, l’un noir, l’autre blanc, qui, de part et d’autre du plateau, forment les jalons d’une invisible diagonale du fou, les deux acteurs évoluent en une chorégraphie au rythme enlevé et sans failles. Inventions, catapultages, glissements de sens, jeux que permet la polysémie, goût de l’absurde, tout fuse avec une espièglerie potache, pétillante d’intelligence. Un pur régal qui sait redonner du sens au cœur de son fouillis : « Je hais les haies / Je hais les murs qui sont en nous »… Revigorant !

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2020

J’ai des doutes a été donné du 13 au 18 octobre au Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographie : J’ai des doutes © M. Toussaint

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/