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Vu par Zibeline

Rencontre littéraire à Ansouis avec Laura Alcoba, Velibor Čolić et Lenka Horňáková-Civade

Renaître en une autre langue

Rencontre littéraire à Ansouis avec Laura Alcoba, Velibor Čolić et Lenka Horňáková-Civade - Zibeline

Dans le cadre des Rencontres Littéraires initiées par l’association Nouvelles Hybrides, une table ronde animée avec finesse par Bernard Magnier réunissait les auteurs Laura Alcoba, Velibor Čolić et Lenka Horňáková-Civade. Laura Alcoba a rejoint sa mère en France à l’âge de 10 ans, fuyant l’Argentine où son père était prisonnier politique : « La conquête de la langue est une manière de se fondre pour être comme les autres ne pas être remarquée, c’est surtout une libération car je venais du pays du silence, de la censure et de l’autocensure, sous la dictature, la parole était entravée et pas seulement chez les militants. » Lenka Horňáková-Civade (Tchécoslovaquie) renchérit : « Avec le français, c’était l’indépendance, une renaissance à soi en franchissant la frontière, pouvoir être même ce que je n’osais pas rêver, même les rêves étaient verrouillés sous la dictature communiste. » « La langue, c’est la conquête de la verticalité de l’Homme, insiste Velibor Čolić (Yougoslavie). En arrivant en France comme un survivant (j’étais soldat et le jour dont je suis le plus fier c’est celui où j’ai déserté), je me suis accroché avec toute ma force vitale pour apprendre la langue : être un homme illettré c’est affreux, on n’a pas de papiers, pas de visage. (…) La meilleure chose que je puisse offrir à ce pays qui m’a accueilli tel quel, ce sont mes romans. Pour moi il n’y a pas d’autre espace que la langue française, à jamais. » « C’est un nouvel enracinement que j’ai connu en France, souligne Laura Alcoba. En espagnol j’ai appris à me taire, et en français à parler. J’ai pu aller chercher mon histoire argentine grâce à la langue française ». « Ce qui est indicible dans sa langue ou son propre pays devient possible dans une langue, ajoute Lenka Horňáková-Civade. »

Les distances multiples du temps, de l’espace, des langues, de la fiction, ouvrent l’espace littéraire, lui accordant un souffle où l’émotion tient une place essentielle, rappelle Velibor Čolić, citant Gabriel Garcia Marquez. « Le romancier n’est pas un intellectuel, il est d’abord un émotif. »

Et l’on dévore leurs œuvres avec délectation !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

La rencontre, initiée par les Nouvelles Hybrides, a eu lieu le 7 avril, à la bibliothèque d’Ansouis.

Photo : Velibor-Colic-Laura-Alcoba-Bernard-Magnier-Lenka-Hornáková-Civade-©-MC