Les Éditions Héliotropismes publient un manuscrit rescapé de Claude McKay

Renaissance d’un récit perduLu par Zibeline

• 14 juin 2021⇒19 juin 2021, 25 juin 2021, 9 juillet 2021, 28 août 2021 •
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De Claude McKay (Jamaïque 1889 – Chicago 1948), figure emblématique de La Renaissance de Harlem, on connaît Home to Harlem (1928), ainsi que son autobiographie A long way from home, éditée en France en 2007 sous le titre Un sacré bout de chemin (André Dimanche éditeur). À Marseille, on connaît aussi son célèbre Banjo (1929). Mais on a bien failli ne jamais pouvoir découvrir son deuxième roman marseillais, écrit à Tanger en 1932. Romance in Marseille a mis presque quatre-vingt-dix ans à trouver un éditeur : une jeune maison marseillaise, qui a accepté l’aventure. Créée en 2017, Héliotropismes publie la littérature des marges et s’attache à mettre en avant la porosité, l’hybridité des genres littéraires et des thèmes abordés. À ce titre, le récit coloré et inclassable de McKay ne pouvait qu’intéresser son directeur Renaud Boukh.

Voici donc, tout récemment paru, le premier titre de la collection Harlem Shadows (du nom d’un recueil poétique de McKay) dirigée par Armando Coxe, qui signe également la préface de l’ouvrage. Une édition au graphisme et à la mise en page élégants, réalisés par Carlos López Chirivella, inspirés des dessins d’Aaron Douglas et de la couverture originale de Banjo. Un bel écrin, qu’agrémentent quelques photos de l’auteur. Justice est ainsi rendue. D’abord à McKay. Car c’est, entre autres, parce qu’il n’a jamais été « bon genre », comme le souligne Armando Coxe dans la préface, que l’auteur de Banjo n’a jamais trouvé d’éditeur pour sa romance marseillaise. Or, sa difficulté à « entrer dans une petite case préétablie, étiquetée », son indépendance à toute épreuve et sa sincérité cash fondent son originalité et l’intérêt de ses livres. Au roman lui-même ensuite. Inspiré d’un fait-divers, celui-ci relate les mésaventures de Lafala, un docker ouest-africain qui a quitté Marseille pour s’embarquer clandestinement sur un paquebot en route pour New York. Enfermé dans des latrines glaciales pendant la traversée, il a dû être amputé des deux jambes dès son arrivée. Le récit commence à l’hôpital lorsque Lafala prend conscience de son infirmité. Ce personnage plein de vie ne restera pas longtemps à se lamenter sur son sort ; d’autant que, grâce à un camarade d’hôpital, il trouvera le moyen de tirer parti de cet accident et de retourner à Marseille aux frais de la compagnie, de l’argent plein les poches… L’intrigue se déroule ensuite principalement à Marseille, « port de tous les rêves et de tous les cauchemars des marins », tout particulièrement dans le quartier aujourd’hui disparu de « la Fosse », que McKay décrivait déjà dans Banjo. Lafala y retrouve la belle et sulfureuse Aslima…

Loin de se résumer à leur tragique histoire d’amour, le récit de McKay séduit par sa vitalité, son énergie. Comme le quartier du Port, il vibre d’une « mousse épaisse et bouillonnante, l’écume de la vie, magma de passions et de désirs ». Une succession de scènes enlevées, des dialogues comme saisis sur le vif… et la foule des personnages qui constituent cette « petite colonie de gens de couleur ». À l’image de Lafala, Claude McKay goûte ce melting pot marseillais, où se côtoient marins, dockers, prostitué.e.s, souteneurs, gens du peuple et peuple des nuits. Il le décrit sans tabou, avec une remarquable liberté de ton. Un anticonformisme qui lui a valu de déplaire à certains de « ses frères de couleur » de la Renaissance de Harlem… mais donne tout leur éclat à ses textes.

FRED ROBERT
Juin 2021

L’ouvrage, son éditeur et son auteur seront mis à l’honneur durant tout l’été à Marseille :

• Une mise en avant du roman, du 14 au 19 juin, à la Librairie Maupetit

• Des rencontres : le 18 juin à la Librairie L’Hydre aux mille têtes (19h) ; le 25 juin à L’Arca Delle Lingue (19h ; réservation obligatoire : arcasecretariat@gmail.com) et le 9 juillet chez Aglaé et Sidonie (19h ; réservation obligatoire : chez.aglae.et.sidonie@gmail.com)

• Une projection : le 28 août, au Théâtre Silvain, du documentaire sur Claude McKay, réalisé par Matthieu Verdeil, Un sacré bout de chemin ( 2021)

Romance in Marseille
Claude McKay
Traduit de l’anglais par Françoise Bordarier et Geneviève Knibiehler
Éditions Héliotropismes, 21 €

Librairie L’Hydre aux mille têtes
96 rue Saint-Savournin
13001 Marseille
04 91 81 55 15
facebook.com/Librairie.lhydre

Librairie Maupetit
142 La Canebière
13001 Marseille
04 91 36 50 50
http://www.maupetitlibraire.fr/

Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/