Anges et Muses

Renaissance a cappella

Anges et Muses - Zibeline

La basilique de Saint-Maximin semblait s’être apprêtée pour le concert du soir, emplie des fragrances des fleurs du mariage de l’après-midi. À l’invitation du Chantier et de son directeur artistique, Franck Tenaille, les Voix animées présentaient leur dernier opus (enregistré en mai dernier à la Collégiale Saint-Paul à Hyères), Anges et Muses, Splendeurs de la grande polyphonie de la Renaissance qui comprend un éclectique florilège de morceaux sacrés et profanes, issus de l’ensemble de l’Europe du mitan du XVe siècle. Luc Coadou, baryton et directeur de l’ensemble, fournissait les explications nécessaires à la compréhension des œuvres, à lente voix (les sons se mélangeant avec trop de zèle à la moindre accélération). Les voix des six interprètes (Luc Coadou, Harriet Mountford, venue tout exprès d’Angleterre pour remplacer Anne-Claire Baconnais, Amelia Berridge, Laurence Recchia, Raphaël Pongy, Damien Roquetty), tissent avec une intelligence subtile les trames de chaque pièce, offrant à chacune son timbre particulier, son atmosphère, changeant de registre avec aisance pour offrir à l’assistance une palette riche d’émotions et de sens. Avec un humour distancié, le coryphée narre brièvement les parcours des compositeurs, ainsi, Peter Philips, qui bien qu’anglais vécu aux Pays-Bas et fut prêtre catholique, ou encore Alonso Lobo, maître de chapelle adjoint à Séville, « même adjoint, il était excellent ! »… Pas de différence d’écriture entre sacré et profane, une même qualité est attachée à chaque forme d’inspiration. Les villanelles (musique des « vilains », en opposition aux nobles) s’embrasent de rythmes légers, suivant les traces de Pétrarque, le madrigal né en Italie règne sur l’Europe entière, « pas de Brexit pour le madrigal ! ». Si les jeunes filles de Monteverdi insistent sur leur jeunesse, les garçons s’empressent de répondre « mais je suis jeune aussi ! ». Rêveries nocturnes, aspirations célestes croisent les cadeaux étranges que l’on peut offrir à une belle Dame de Naples, un coq par exemple, aux « kirikikis » jubilatoires. Toute une volière est convoquée par Janequin, et les oiseaux s’incarnent avec une malicieuse espièglerie… Délectations !

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Concert donné le 20 octobre, Basilique de Saint-Maximin.

CD Anges et Muses, lesvoixanimees.com, 15 €

Photo : ©MC