Andréas Bach en concert au Théâtre Armand de Salon

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Andréas Bach en concert au Théâtre Armand de Salon - Zibeline

Si la présentation des manifestations de l’été du Festival International de musique de chambre de Salon était annulée, le récital d’Andréas Bach, ami et collègue d’Éric Le Sage à la Musikhochschule Freiburg, était heureusement maintenu dans une atmosphère déjà lourde (personne n’ose plus tousser entre les morceaux d’un concert classique, la peur peut être salutaire !). On se laissait d’abord surprendre par la sécheresse de la Mazurka n°1 opus 17. L’approche de l’œuvre, dépouillée, comme taillée dans la roche, étonne d’abord, là où l’on a l’habitude du moelleux, le phrasé emprunte des tournures adamantines qui rendent encore plus subtils les liés de la Mazurka suivante (n°2 opus 17). L’interprète rend avec maestria le caractère énigmatique de ces danses bien loin d’un sentimentalisme facile. Le piano glisse, insensiblement, dans un lyrisme délicat, inspiré, s’apprête au mode mineur de la Sonate pour piano n° 8 que Mozart écrivit à la mort de sa mère, poignante et d’une émotion passionnée que prolonge la Sonate pour piano en ré mineur, La Tempête, de Beethoven, dont les élans emportés subjuguent. L’une des clés de lecture fut donnée par le compositeur lui-même qui conseilla à ses auditeurs de lire La Tempête de Shakespeare pour la comprendre. Peinture tourmentée, qui n’est pas sans évoquer certains tableaux de Turner, dont la riche palette invente sans cesse de nouvelles nuances. Emporté dans une sorte de recréation permanente, le pianiste se livre sans réserve à la fascination des pages dont il nous donne sa lecture, martèle, accentue, prend possession des rythmes et des silences, fait sienne la poésie des lignes musicales, à l’instar d’un acteur qui s’empare d’un texte d’auteur et lui influe sa propre pulsation. Et par là, cette appropriation emprunte à l’universel. On croyait sans doute connaître la Polonaise-Fantaisie ou la Barcarolle opus 60 de Chopin, ou encore la Sonate pour piano n° 23, Appassionata, de Beethoven, et les voici neuves, étonnantes dans leurs architectures audacieuses, leurs beautés harmoniques, leur capacité à jouer des divers registres, peignant des scènes de genre (chant du gondolier de la Barcarolle) ou des états d’âme dont le tournoiement nous bouleverse. C’est un petit diamant taillé, la Bagatelle n°5 de l’opus 119 de Beethoven, sorte de « danse des Furies », qui vient en bis achever de séduire le public.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2020

Concert donné au Théâtre Armand de Salon le 12 mars.

Photographie © Jael TRAVERE

Théâtre Armand
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