Benoît Jacquot adapte Suzanna Andler

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• 2 juin 2021⇒9 juin 2021 •
Benoît Jacquot adapte Suzanna Andler  - Zibeline

On tend à oublier quel lien a uni Benoît Jacquot à Marguerite Duras -lien que le réalisateur évoquait dans une de nos interviews. Le cinéaste, qui fut son assistant sur plusieurs films, s’était alors vu céder les droits d’une pièce peu jouée depuis : Suzanna Andler, concentré d’obsessions durassiennes en phase avec le vent nouveau de 1968. Concentré également de tics de langage si reconnaissables et souvent si difficiles à se réapproprier pour des comédiens d’aujourd’hui.

Le dispositif se révèle délicat sur bien des aspects, malgré l’évident amour du réalisateur pour la pièce : faire résonner la théâtralité de cette langue dans la diction plus souple du cinéma, rassembler sur un lieu unique les pièces d’une équation à plusieurs inconnues sans tomber dans les écueils du théâtre filmé… Le pari du huis clos fonctionne, mais celui du naturalisme ne se révèle pas toujours payant. Si bien que les personnages secondaires incarnés par Julia Roy et Niels Schneider peineront par endroits à prendre forme. Le jeu de Charlotte Gainsbourg vaut cependant à lui seul le déplacement. Face à un amant aux multiples zones d’ombre, à un mari ayant déserté les lieux, à un panorama sans fin sur une mer agitée, sa Suzanna Andler se dessine peu à peu, avec une délicatesse et une intensité d’autant plus rares qu’elles sont étrangères au logos durassien. Celle qui se présente comme « une des femmes les plus trompées de la Cote d’Azur » ment à tous, tout le temps. Sauf le temps d’un coup de téléphone anodin et pourtant terrassant, qui vient sublimer tout ce qui l’aura précédé.

SUZANNE CANESSA
Juin 2021

Benoît Jacquot, Suzanna Andler, 1h31
Sortie le 2 juin