Le premier long métrage très émouvant de Lidia Terki sur la déchirure de l'exil

Rekia et NourVu par Zibeline

• 22 mars 2017, 22 mars 2017 •
Le premier long métrage très émouvant de Lidia Terki sur la déchirure de l'exil - Zibeline

Elle, c’est Rekia. Elle a élevé seule dans son village algérien, ses enfants qui l’entourent encore et voudraient la dissuader d’aller le chercher lui, Nour, le père absent parti travailler sur les chantiers de France dans les années 70, pourvoyeur des mandats réguliers qui les ont fait vivre, mais dont on n’a plus de nouvelles depuis  4 ans. Ce pourrait être une Pénélope qui irait chercher son Ulysse sauf, que si le récit vise bien à l’universalité du mythe, ce n’est ni une Calypso, ni un Dieu rancunier qui retiennent l’exilé. C’est quelque chose de plus intime, de plus profond, de plus irrémédiable aussi : le sentiment de n’être plus ni d’ici ni d’ailleurs. Paris la Blanche est le premier long métrage de Lidia Terki. Il incarne par la fiction et l’interprétation remarquable de Tassait Mandi et de Zahir Bouzerar, le drame des Chibanis « oubliés » que Rachid Oujdi traitait en documentariste dans Perdus entre deux rives. C’est à travers les yeux de Rekia et ce qu’ils disent de chagrin, de joie, et d’amour, que la réalisatrice nous le rend sensible. Le film obéit à une structure classique en 3 actes d’égale importance, encadrés d’un préambule et d’un épilogue. L’acte 1, c’est la traversée de La Méditerranée et le voyage vers Paris, devenue la Blanche par la perte d’Alger. Pas d’ellipse, le temps nécessaire pour ressentir le mélange d’excitation, de joie enfantine, d’inquiétude de celle qui part vers l’inconnu, de mesurer la distance qui croit derrière elle, et cet état de l’entre-deux que rendait si bien Elisabeth Leuvrey dans La Traversée. Rekia accomplit ce que son mari et tant d’autres ont accompli avant elle. L’acte 2, c’est la quête d’une femme tenace, un peu trop naïve, qui ne possède pas les codes de la grande ville et ne rencontre, que de bons samaritains pour l’aider, comme dans un conte sans mauvaises fées. Le Paris de la prostitution, des Clandestins lâchés sur les chantiers au petit matin, de ceux qui vivent de cette misère-là, reste en arrière plan. C’est la générosité, l’entraide entre les démunis qui intéressent la réalisatrice. L’acte 3, c’est le temps des retrouvailles bouleversantes entre Rekia et Nour. Ce vieux couple qui a si peu vécu ensemble et paraît pourtant se connaître sur le bout des doigts. Lui, en vieil amoureux, elle, dont l’espoir obstiné de le ramener au pays n’empêche pas la lucidité sur la solitude, la fierté et la détresse de son homme. Des retrouvailles éphémères et intenses, en retenue, en non dit, en gestes modestes et tendres, d’une justesse qui fait mouche. La caméra s’attache aux visages, aux regards de ces « invisibles » à qui Lidia Terki donne avec élégance et pudeur, une visibilité.

Le film soutenu par la Région PACA, a été projeté en avant-première au cinéma Les Variétés le 22 mars, en présence de la réalisatrice et de la comédienne Tassadit Mandi. Une séance animée par Film Femmes Méditerranée.

Sortie nationale le 29 mars

 ELISE PADOVANI

Mars 2017

Ecouter l’interview de Lidia Leber Terki et Tassadit Mandi sur WRZ 

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