L’ensemble Musicatreize ouvre sa saison, entre classique et création contemporaine

Réjouissant retour pour MusicatreizeVu par Zibeline

L’ensemble Musicatreize ouvre sa saison, entre classique et création contemporaine - Zibeline

L’ensemble Musicatreize ouvre sa saison en ses locaux à Marseille en conjuguant répertoire classique et création contemporaine.

Schubert en miroir : pour démarrer sa saison (le 8 octobre), l’ensemble Musicatreize a choisi un programme relativement court, un écho des exigences de l’Auditorium de Lyon où le concert sera rejoué le 5 novembre. Voix d’hommes et instruments à cordes graves seront le fil rouge de la soirée, qui s’ouvre en toute logique sur le Gesang der Geister über den Wassern de Schubert, pour un ensemble de huit chanteurs, altos, violoncelles et contrebasse. L’acoustique chaude de la salle Musicatreize confère un caractère religieux, mystique, à cette mise en musique intimiste d’un texte de Goethe. Dans ce mélange inattendu et très masculin, le timbre brillant des ténors répond aux graves caverneux des basses tandis que les cordes appuient une solennité chambresque. 

L’ensemble Musicatreize, dirigé comme à l’habitude par Roland Hayrabedian, s’attelle ensuite à la création commandée à Michel Petrossian, Amours sidoniennes. L’œuvre est exclusivement basée sur une mystérieuse inscription en grec retrouvée dans un tombeau en Judée : selon la traduction et l’interprétation, il pourrait s’agir d’un hommage à un défunt ou d’un échange entre deux amants venus se retrouver loin des regards. Le texte, en grec et dans deux différentes traductions en français, est repris de différentes manières dans chacun des mouvements. Les mots du graffiti étant un peu désincarnés et l’hypothèse d’un dialogue entre deux amants ne sautant pas aux yeux, la musique, le surtitrage et le choix des voix se chargent d’appuyer le trait, notamment lorsque deux ténors, incarnant le couple hypothétique, reprennent chacun une version de la traduction en français. Les cordes, et en particulier les violoncelles, semblent représenter un véritable chœur antique. Elles viennent ainsi rythmer et ajouter des touches de sombreur ou de colère, le temps de staccati dissonants. La richesse des timbres et des registres de l’ensemble Musicatreize apporte autant d’épaisseur et de nuances à la partition contrapuntique de Michel Petrossian. Le dernier mouvement voit l’ensemble reprendre le texte a cappella, dans un registre plus familier de leur répertoire. La sombre polyphonie, très en place, érige un véritable mur sonore, voire guerrier, sous la direction attentive de Roland Hayrabedian. Une réussite musicale mais qui renforce peut-être la difficulté du public à faire le lien avec l’esprit funéraire ou coquin, dans tous les cas amoureux de l’inscription tombale. Tout comme le choix, pour une œuvre consacrée à un duo d’amour, de n’inclure aucune voix féminine alors que l’ensemble a déjà laissé entendre de si beaux pupitres de soprano ou d’alto.

PAUL CANESSA
Octobre 2021

Schubert en miroir a été donné le 8 octobre dans la salle Musicatreize, Marseille

Photo : © X-DR