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Trace(s) de Sabine Tamisier Par les Villages

Rejoindre ses apparences

Trace(s) de Sabine Tamisier Par les Villages - Zibeline

L’association Par les Villages poursuit son travail de diffusion de la culture en élargissant encore son rayon d’action à toute la métropole Aix-Marseille-Provence à l’occasion de sa treizième édition. La forme « légère » des Lectures en scène permet à cette association de passionnés de produire des spectacles dans les lieux les plus étonnants et peu propices aux installations lourdes d’un plateau complet de théâtre. Ainsi, la bibliothèque de Venelles, perchée au sommet d’escaliers en colimaçons, accueillait la nouvelle mouture de Trace(s) de Sabine Tamisier, interprétée et remodelée par Agnès Pétreau (Cie Senna’ga). Le texte écrit « sur mesure » pour la comédienne, metteure en scène et dramaturge pose avec une sensible finesse la question des origines, des appartenances, à travers une quête d’identité qui mêle géographie physique et géographie de l’intime en un monologue vif et varié, qui sait brosser d’un revers de mots personnages et situations, où sobrement affleurent les émotions. « Arabe, espagnole, italienne, portugaise, CORSICA DONNA ? / Ils disent/ Peau mate, cheveux noirs les yeux noirs. ÉTRANGÈRE, ils disent. SÛR. Pas d’ici./ Les origines. Vos origines ? ils disent. / Les Vosges, je dis. Ils rient. Seulement ça, pas plus, je dis. / Ah bon ? ils disent et rient encore. / Ah bon, pas d’origines, vraiment ? Pas d’origines autres, vous ? / Non, je dis. PAS. Que je sache, PAS d’origines autres, PAS. Juste, cette trace, mon VISAGE. » La protagoniste de l’histoire, Diane, née brune à la peau mate dans une famille de blonds, entraîne réflexions et médisances, et peu à peu, irrésistiblement, « descend » vers le sud, toujours plus bas, plus loin, dans une quête où elle se découvre, se libère. Message humain, profond, délicat, que cet envol aux mots simples, à l’écriture en creux, qui suggère plus qu’elle ne décrit, ouvrant les portes renouvelées d’un imaginaire. Un grillon, un parfum suffisent à créer un univers que la guitare de David Fabre vient ourler de ses mélodies soyeuses, de ses silences, de ses élans oniriques. Le musicien, comme l’actrice ne cherchent pas l’exploit virtuose, mais laissent parler les mots et les notes. Un petit bijou de tendresse.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2019

4 juin, médiathèque de Venelles

Photographie © MC