Bolena vs Seymour : duel royal en Avignon

Reine de cœur, dame de pique…Vu par Zibeline

• 14 mai 2017 •
Bolena vs Seymour : duel royal en Avignon - Zibeline

Anna Bolena versus Giovanna Seymour. Deux femmes, deux êtres au destin en miroir égarées dans un triangle infernal : pouvoir, amour et trahison ! Giovanna, l’amie d’Anna, la reine déchue, est écartelée entre son amour pour le roi et sa compassion pour la belle Bolena. Ces deux destins se croisent et drainent dans leurs sillages des tensions passionnelles inouïes. Car l’essentiel de l’ouvrage repose sur ce rapport complexe entre ces deux figures féminines dont l’une finit dans la folie et l’autre sur le trône. Et là est la force et le talent du encore très jeune Donizetti, fort quand même d’une vingtaine d’ouvrages, d’avoir composé une œuvre forte en émotion d’une grande densité dramatique à partir d’un livret qui tient en une ligne ! Henry VIII, amoureux de Giovanna accuse Anna d’adultère pour l’évincer du trône et la condamner à mort. Trois heures de musique pour sceller le destin d’une femme trahie, éblouissante Irina Lungu aux aigus lumineux, élégants, exécutant avec facilité et agilité les lignes mélodiques topiaires du compositeur italien, trois heures d’un long discours musical pour apprécier la chaleur du timbre de sa meilleure ennemie, parfaite Ketevan Kemoklidze à l’unisson de son alter ego, trois heures d’un drame allant crescendo pour découvrir la voix sonore, d’une belle épaisseur, d’Ahlima Mhamdi, autre élément détonateur dans ce drame. En miroir à ce trio de voix féminines trois hommes et un tyran. Difficile en effet d’utiliser un autre terme pour qualifier la personne d’Henry VIII manipulateur, sanguinaire, incarné ici par Carlo Colombara, basse italienne imposante dont on comprend rapidement qu’il n’est pas au sommet de sa forme. En effet, malade, il tient quand même noblement son rôle jusqu’au bout, marque de son professionnalisme. Autour de la personne du monarque, Lord Percy, premier amour trahi de la reine, Ismaël Jordi, ténor lyrique gracieux avec parfois une petite fragilité dans les aigus qui n’enlève rien à la qualité de son interprétation. Patrick Bolleire, que l’on avait apprécié dans Hamlet, très belle voix, puissante et ambrée complète, avec le jeune Jérémy Duffau, très à son aise dans le rôle de sir Hervey tant vocalement que scéniquement, cette distribution d’une très belle homogénéité. Cet avant dernier opéra de la saison fortement apprécié du public habitué des performances de haute volée des chanteurs, de l’Orchestre régional d’Avignon Provence (dir. Samuel Jean) et du Chœur de l’Opéra Grand Avignon (Aurore Marchand), laisse augurer un Faust de toute beauté en clôture de cette grande saison lyrique.

CHRISTOPHE FLOQUET
Mai 2017

Anna Bolena à l’Opéra Grand Avignon

Photo : Cédric Delestrade / ACM Studio

Opéra-Théâtre du Grand Avignon
1 Rue Racine
84000 Avignon
04 90 82 81 40
http://www.operagrandavignon.fr