Molécules de François Bégaudeau, roman rigoureux et jouissif, entre discours de la méthode et chimie des passions

Régénérant !

Molécules de François Bégaudeau, roman rigoureux et jouissif, entre discours de la méthode et chimie des passions - Zibeline

Remue-méninges et stimulant, diaboliquement cartésien et bourré d’interrogations sur le fil du rasoir Molécules le roman de rentrée du toujours (éternellement ?) jeune François Bégaudeau non seulement ne déçoit pas mais relance vigoureusement l’intérêt pour un auteur dont l’intelligence du monde structure une forme gourmande et généreuse délicieusement touche à tout. Polar cette fois-ci, oui bien sûr tout y est : crime spectaculaire, enquête virtuose menée par le duo Brun-Calot, capitaine féminin clope au bec, bouton de fièvre à la commissure / brigadier bon garçon et statisticien, assassin fragile et procès minutieusement sympathique ; juste le léger décalage qui alerte et fait pressentir que rien n’est vraiment résolu et surtout pas fini ; par exemple la présidente a des lunettes mais «d’un geste paradoxal, elle les relève pour lire le dossier d’instruction autorisant un observateur naïf à croire qu’elle lit avec le front» . Lire avec le front ? Oui pourquoi pas. D’autant que cette jubilatoire fiction ne manque pas de fous et que le bonheur de lecture est constamment réveillé par une brillante formule par-ci – «d’où part la voix quand tout se consume ?» se demande Léna à la crémation de sa mère- ou un dysfonctionnement ludique par-là – faux raccords, soudaine émergence d’un « je » narrateur vite disparu, transferts de caractéristiques d’un personnage à l’autre, valse des noms (le meurtrier s’appelle Bourrel / le médecin-légiste Romand et tous les autres Deligny, Guattari, Oury et même Guérini) pas si potache dans la mesure où tout circule et s’agite dans la matière, autant de détails anodins qui miroitent comme des leurres et captivent le lecteur . Rien ne se perd, tout se transforme semble nous rappeler le romancier expert en recyclage d’airs du temps (Abba, Queen, Radio Nostalgie et Khaled Kelkal) et en pensées «rhizomiques». Et puis il y a le lac et dans le lac il y a Momo ; il n’est pas donné à tout le monde de le voir . Excitante chimie romanesque « véritable lupanar pour les neurones » qui comme un film de David Lynch, nous invite à aller jusqu’au bout d’un jeu savant et tellement maîtrisé .
MARIE JO DHO
Septembre 2016

Molécules
François Bégaudeau
Editions Verticales, 19,50 €

François Bégaudeau sera présent aux Correspondances de Manosque.


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