Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Deux ans de vie dans une Ehpad, une histoire de passions

Regarder la réalité en face

Deux ans de vie dans une Ehpad, une histoire de passions - Zibeline

Durant près de deux ans, la comédienne Emmanuelle Hiron a filmé la vie dans un Ehpad, celle des résidents et des soignants, celui où travaille une de ses amies d’enfance, la gériatre Laure Jouatel. Une passionnée qui « défend la vie là où l’on penserait qu’il n’y a que la mort ». Du documentaire au théâtre le pas fut fait, tant il paraissait important à Emmanuelle Hiron d’aborder sur scène la question de la vieillesse, de la dépendance, de la déchéance, de la fin de vie en institution. Son monologue, qui retranscrit ses nombreuses discussions avec son amie, n’est ni une conférence, ni un état des lieux. C’est la vision éclairée d’une femme médecin, qui devient personnage de théâtre par la grâce du jeu de la comédienne. Derrière elle, sur un écran, les Résidents, ces femmes (plus nombreuses) et hommes filmés sans commentaires, délicatement révélés par des images respectueuses qui disent leur quotidien. Entre les projections le texte, direct, cru, infiniment humain, se pose ailleurs, ne commente pas mais nous percute pour révéler des questionnements auxquels notre société –basée sur le culte de la jeunesse et de la performance- ne nous prépare pas, nous confronte à nos peurs, notre gêne, notre rapport à la mort, et donc à la vie. À la qualité de vie plus précisément. Comment la prendre en compte quand elle devient synonyme de privations de liberté, de mouvements, de mémoire ? Comment l’améliorer quand il n’y a pas ou peu de souffrances physiques ou morales, mais la vie qui s’éteint doucement ? Appréhender la mort sans en faire « un problème médical » mais en respectant la vie, faire en sorte que la dignité soit préservée, considérer la vie comme un droit, jusqu’à la fin… et le dire sans pathos, sans exagération, sans théâtralisation.

Impossible de ne pas se projeter, ne pas retrouver dans ces visages, ces pas lents et mesurés, ces paroles décousues, des émotions intimement vécues. Impossible de ne pas se sentir concerné.

DOMINIQUE MARÇON

Février 2018

Les Résidents a été donné le 20 janvier au Théâtre de l’Olivier, à Istres, dans le cadre d’un focus théâtre documentaire

Photographie : Les Résidents © François Langlais


Théâtre de l’Olivier
Avenue Léon Blum
13800 Istres
04 42 56 48 48
http://www.scenesetcines.fr/