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Laisser la Terre à son triste sort pour aller polluer Mars, destin de l'humanité ?

Redescendre sur Terre

Laisser la Terre à son triste sort pour aller polluer Mars, destin de l'humanité ? - Zibeline

Les Controversations, ces débats sur des questions de société entre deux scientifiques aux points de vue « différents ou divergents », organisés par l’association Tous chercheurs, sont de retour en Paca. Elles conservent ce qui faisait le grand intérêt de leur formule initiée en 2017, une très large place laissée aux échanges avec le public.

C’était le cas le 19 janvier, à la Bibliothèque de l’Alcazar (Marseille), autour du thème L’homme doit-il coloniser l’espace pour survivre ? Pour apporter des éléments de réflexion, Michel Marcellin, directeur de recherche en astrophysique (AMU/CNRS/IRD), et Arnaud Saint-Martin, sociologue (CNRS/EHESS/Université Paris I Panthéon Sorbonne). Le premier est convaincu que l’on ira séjourner sur Mars, d’ici 2030 ou 2050. Il évoque les changements de contexte politique depuis les débuts de la conquête spatiale, lorsque la guerre froide battait son plein, les visées de la Chine sur le cosmos, celles des acteurs privés (Jeff Bezos -Amazon- et Elon Musk -Tesla, PayPal- pour ne citer qu’eux). En somme, « il va falloir envisager d’aller vivre ailleurs quand la Terre va devenir invivable », mais les perspectives de tourisme stellaire sont prometteuses…

Le sociologue spécialiste de la recherche spatiale qu’est Arnaud Saint-Martin, pour lui apporter contradiction, a commencé par préciser qu’il n’a pas l’habitude de fournir des thèses, mais plutôt de documenter des activités sociales. « Dire « oui, mais » va m’engager, notamment au niveau politique ». Il invite à redescendre un peu sur Terre, à faire évaluer le financement public des agences spatiales par les citoyens, à décoloniser l’imaginaire de l’espace, son esprit de conquête et de prédation. « On entend beaucoup dans le monde spatial que notre planète est perdue, irrémédiablement polluée. C’est assez mortifère de la laisser à son triste sort ! »

Un point de vue repris vigoureusement par un membre du public : « Ce n’est pas la peine d’aller sur Mars si c’est pour faire la même chose qu’ici ». Et encore plus vigoureusement par un autre : « L’homme mérite-t-il de survivre ? »

GAËLLE CLOAREC
Février 2018

Cette Controversation était animée par Marie-Ange Sanguy, rédactrice en chef du magazine Espace & Exploration

Photo : -c- Tous Chercheurs 2018


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