Outrage, troisième long-métrage d’Ida Lupino, réalisé en 1950, ressort en salles

Redécouvrir Ida LupinoVu par Zibeline

• 9 septembre 2020⇒9 octobre 2020 •
Outrage, troisième long-métrage d’Ida Lupino, réalisé en 1950, ressort en salles - Zibeline

Si la postérité a fait d’Ida Lupino la grande actrice de film noir qu’on connaît, sa carrière de cinéaste a pourtant été poliment oubliée. Cette injustice est d’autant plus criante que les six films réalisés par Lupino entre 1949 et 1953 déploient un sens de la mise en scène et un regard dont peu de ses contemporains pouvaient s’enorgueillir. La « véritable pionnière » vantée par Martin Scorsese ayant su cultiver une qualité qui a su traverser le temps et les écoles : celle de se placer à la hauteur de ses personnages, de montrer leurs blessures avec une acuité et une émotivité rares. Si Hitchcock fut de toute évidence l’instigateur de la psychanalyse au cinéma, l’approche d’Ida Lupino semble davantage relever d’une lecture comportementaliste, où l’esthétique réaliste se mêle constamment à un expressionnisme formel. Le sujet du viol est, c’est peu de le dire, un tabou dans l’Amérique puritaine d’alors : avec Outrage, la réalisatrice signe également un scénario intimiste, où le traumatisme infuse douloureusement le récit, et où la narration se révèle particulièrement maîtrisée. On y suit l’errance d’Anna, incarnée toute en fébrilité par Mala Powers, jusqu’à entrevoir une possible cicatrisation de ses blessures. Celle-ci passe par la rencontre avec un homme de foi, ténébreux pasteur se désolant de l’abandon des victimes à elles-mêmes par une société indifférente. C’est dans cette célébration de la vertu et dans celle, attenante, des « ambiguïtés de la vertu » pointées par Jacques Rivette, qu’Outrage accuse quelque peu son âge. L’importance croissante de la foi dans le cinéma d’Ida Lupino ayant abouti, en 1966, au plus embarrassant Dortoir des anges. Il n’empêche : il est grand temps de redécouvrir cette œuvre peu commune : en attendant la ressortie de Faire Face, du Voyage de la peur, de Bigamie et d’Avant de t’aimer le 30 septembre, Outrage s’impose comme une belle entrée en matière

SUZANNE CANESSA
Septembre 2020

Ida Lupino, Outrage [1950], 1h15
Sortie en salles le 9 septembre

Photographie : Outrage © Ida Lupino – Archie Stout – The Filmakers