Le musée Fabre de Montpellier propose de redécouvrir Frédéric Bazille

Redécouverte d’un précurseur

Le musée Fabre de Montpellier propose de redécouvrir Frédéric Bazille - Zibeline

Avant Paris et Washington, le musée Fabre de Montpellier inaugure un parcours d’une richesse exceptionnelle dans les pas de Frédéric Bazille et ses complices.

En moins de dix ans, Frédéric Bazille, peintre montpelliérain né en 1841, a ouvert une très impressionnante brèche dans le langage pictural de la moitié du XIXe siècle. Il s’est attaqué à l’un des défis picturaux les plus novateurs de la décennie 1860. Il y a 150 ans, poser la question du comment et du pourquoi intégrer la représentation d’un corps, d’un regard, d’un personnage -soudain devenu une personne- dans un cadre extérieur recouvrait quelque chose de très déstabilisant.
L’exposition présentée au Musée Fabre permet, dans un cheminement très habilement pensé parmi un magnifique corpus de 87 tableaux, de replonger dans cette quête du vivant, du réalisme, d’appropriation par l’artiste du monde qui l’entoure, tel qu’il le voit, le sent et le traverse.
Destiné à une carrière de médecin, Bazille, très tôt sensible à la peinture, croisant Courbet dans son milieu familial aisé et libéral, copiant au musée Fabre les toiles des anciens, décide en 1862 de s’installer à Paris en artiste. Jusqu’en 1870, où il s’engage dans la guerre contre la Prusse et meurt juste avant ses 30 ans, le montpelliérain trace un sillon déterminant, ouvrant la voie vers l’impressionnisme qui pointe au bout de cette avancée vers « la vérité » (Zola, commentant l’une des plus célèbres toiles de Bazille, La Réunion de famille).

Amitiés prestigieuses
Il n’a laissé qu’une cinquantaine de toiles. La quasi totalité (45) est présentée dans l’exposition, qui réunit les trois plus grandes collections du peintre : le musée Fabre, le musée d’Orsay et la National Gallery of Art de Washington. Elles sont exposées parmi un ensemble exceptionnel de tableaux de ses complices et maîtres, ce qui donne à découvrir, là, sous nos yeux à Montpellier, des joyaux venus du monde entier : Bazille avait un cercle d’amis choisis parmi ceux qui inventèrent, avec lui, la nouvelle peinture. Dans les douze étapes qui jalonnent l’exposition, on croise Monet, Renoir, Manet, Corot, Sisley, Puvis de Chavannes…

Équilibre
Le risque était que les œuvres de ses pairs écrasent l’expression moins connue de Frédéric Bazille. Michel Hilaire, commissaire général de l’exposition et directeur du musée Fabre, a au contraire réussi, avec Paul Perrin du musée d’Orsay et Kimberly A. Jones de la National Gallery de Washington, à nous présenter le travail de Bazille dans un parfait équilibre entre les influences des uns et les inventions personnelles du peintre montpelliérain.
Dans une mise en perspective des inspirations de chacun, les toiles se parlent entre elles, on entend presque les échanges entre les amis qui partageaient leur atelier : les sujets se répondent, les peintres se représentent les uns les autres.
C’est finalement devant une œuvre commune qu’on nous propose de réfléchir à la naissance de l’impressionnisme.
Avec Bazille comme fil conducteur, saisissante personnalité qu’on découvre à travers le regard de ses modèles : appuyé, grave, d’une présence qui habite entièrement la toile, il(s) nous emmène(nt) résolument vers la photographie.
ANNA ZISMAN
Juillet 2016

Frédéric Bazille, La jeunesse de l’impressionnisme
jusqu’au 16 octobre
Musée Fabre, Montpellier
04 67 14 83 00 museefabre.fr

photo : Pierre- Auguste Renoir, Frédéric Bazille peignant à son chevalet (détail) 1867
Huile sur toile, 105 x 73,5 cm
Montpellier, musée Fabre (dépôt du musée d’Orsay, legs de Marc Bazille, 1924)
Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski/ Service presse/musée Fabre