Critique: Concert d’ouverture à La Roque, beethovénien et d’une sensible éloquence
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Concert d’ouverture à La Roque, beethovénien et d’une sensible éloquence

Récits des origines

Concert d’ouverture à La Roque, beethovénien et d’une sensible éloquence - Zibeline

Le premier concert du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron donné sous l’orbe de la conque du parc de Florans semblait par son programme vouloir ancrer la 38ème édition dans l’humus des origines, se référant à la mythologie grecque ou au sentiment romantique de la nature, avec un programme exclusivement consacré à Beethoven. En premières pierres, trois extraits de l’unique ballet écrit par le compositeur (sur une commande du chorégraphe italien Salvatore Viganò), Les Créatures de Prométhée, dont l’argument évoquait le mythe du Titan qui vola le feu céleste pour le transmettre aux hommes. Lawrence Foster dirigeait l’Orchestre Philharmonique de Marseille, avec une verve enthousiaste, précis et tout en nuances. En souriant il rappelait au public, séduit par la cohésion des divers pupitres et la finesse des solos, à l’instar du phrasé sensible du violoncelle de Xavier Châtillon, que cette œuvre est la seule de Beethoven où apparaît une harpe ! On appréciait encore la qualité de cet orchestre dans son interprétation de la Symphonie n° 6, « La Pastorale », jouant avec une délicieuse distanciation le « bestiaire » convoqué au cours de l’évocation champêtre, vibrant des sursauts de l’orage, laissant couler les ondes de la rivière, dansant une fête villageoise ou s’alanguissant dans la douceur d’une nature où se répondent les flûtes des bergers, en une simplicité toute virgilienne… L’ouverture de L’Italienne à Alger de Rossini offerte en bis permettait de goûter pleinement la vivacité de cette belle formation. Entre les deux pièces pour orchestre seul, se glissait l’unique concerto en mode mineur de Beethoven, le Concerto pour piano et orchestre en ut mineur opus 37, que le jeune pianiste Lukas Geniušas (qui avait eu la gentillesse de remplacer Arcadi Volodos contraint de déclarer forfait pour raisons de santé) interprétait avec une subtile virtuosité. À l’apparente naïveté des premiers motifs pianistiques, nourris d’une sorte de candeur quasi enfantine, répondaient des cadences arpégées de haute volée, conjuguant trilles et gruppetti avec aisance. Traits brillants, toujours au service d’une expression dramatique, dialoguent avec l’orchestre, lui accordent une dimension symphonique. La partition n’est pas nécessaire, la musique est un langage qui se déploie sous la houlette bienveillante de Lawrence Foster qui, lors des rappels enthousiastes, désigne son siège au pianiste, l’invitant à un bis. Ce seront deux Préludes (en sol majeur puis sol mineur) du compositeur russe contemporain Leonid Desyatnikov, d’une bouleversante intensité. Que de beaux commencements !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Concert donné au Parc de Florans, La Roque d’Anthéron le 20 juillet

Photographie : Lukas Geniušas © Christophe Gremiot