Chronique du roman de Cloé Korman, Les saisons de Louveplaine, paru aux éditions du Seuil

Recherche Hassan désespérémentLu par Zibeline

Chronique du roman de Cloé Korman, Les saisons de Louveplaine,  paru aux éditions du Seuil  - Zibeline

Nour n’en peut plus d’être sans nouvelles d’Hassan, son mari. Reparti travailler en France, il n’a plus donné signe de vie. Alors elle quitte à son tour la banlieue algéroise et débarque à Louveplaine, au quinzième étage de la tour Triolet, dans l’appartement loué par Hassan, celui où il avait promis qu’elles le rejoindraient, leur petite Fériel et elle. Quand elle arrive, l’appartement est vide, Hassan s’est volatilisé. On pénètre dans le deuxième roman de Cloé Korman comme Nour dans cet appartement abandonné, sur la pointe des pieds, avec un sentiment de malaise. D’abord, on reste à distance. Et puis Les saisons de Louveplaine déploient leur charme étrange, brutal et poétique à la fois. Et, comme Nour, qui s’aventure de plus en plus hors de l’appartement, à la rencontre des habitants et des histoires de la cité, on se laisse happer par une intrigue en pointillés, aux multiples possibles et aux personnages qui font bien plus que passer. Cloé Korman a travaillé un an en résidence en Seine Saint-Denis ; elle en a rapporté cette fiction forte, qui réinvente un réel souvent difficile, voire sordide, pour en faire jaillir par éclats -scènes saisissantes, dialogues sur le vif, comparaisons et hors-champs inattendus- toute la vitalité d’une communauté déshéritée qui se bat pour exister, malgré les tours qu’on démolit, les chiens qu’on fait combattre dans les caves dévastées et les trafics en tous genres. Pas d’angélisme, mais beaucoup de générosité, d’humanité. Et si Hassan n’est plus là, qu’importe, ces quelques mois à Louveplaine auront profondément changé Nour. Comme ils ont sans doute changé la romancière.

FRED ROBERT

Octobre 2013

Les saisons de Louveplaine
Cloé Korman
Seuil, 21 €

Cloé Korman était présente aux 15e Correspondances de Manosque