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Vu par Zibeline

"Rebelles" de Allan Mauduit, en salles le 13 mars

Rebelles

Rebelles : voilà un film qui passera allègrement le Bechdel Test même si son réalisateur, Allan Mauduit, est de genre masculin. Les femmes y sont à l’honneur, prenant rapidement les commandes et… les flingues. Elles sont trois, parlent « ensemble de quelque chose qui n’a pas de rapport avec un homme »*, bien qu’elle aient eu, toutes trois, à souffrir de la brutalité ou de la lâcheté d’un partenaire masculin.

Un trio de choc, incarné par Cécile de France en ancienne Miss Pas-de-Calais, mannequin raté, cagole réussie en manteau léopard, mâchant, un rien méprisante, son éternel chewing-gum, contrainte de rentrer dans son bercail nordique après 15 ans passés sur la Côte d’Azur. Yolande Moreau en épouse-courage nourrissant fils et mari désoccupés. Et Audrey Lamy, en mère célibataire speedée, galérant pour survivre. Sandra, l’ancienne Miss désabusée, se fait embaucher dans une conserverie et rencontre les deux autres à la chaîne de mise en boîte des poissons. Elle provoque la mort du contremaître qui réclamait à la nouvelle venue -gifle à l’appui- son droit de cuissage, en présence de ses deux collègues qui deviennent de fait ses complices. Nos trois ouvrières découvrent alors que le violeur transportait un sac plein de billets et décident de garder l’argent. Ce point de départ du scénario est commun à de nombreux thrillers, ainsi que l’engrenage dans lequel sont happées ces apprenties voleuses. Qu’on songe au No country for Old men des frères Coen.

Le réalisateur, connu pour sa série Kaboul Kitchen sur Canal plus, dont on retrouve ici l’acteur fétiche Simon Abkarian, va traiter ce thème classique selon une partition loufoque et trash, jouant sur les codes de genres : chorégraphie du polar coréen ou tarantinesque, mise en scène et en lumière du western, bande-son en décalage ou en surlignage, convoquant la dramatique Danse macabre, le pop-rock de Niagara, et, comme une évidence, le My baby Shot Me Down, version Parabellum.

Comme dans de nombreuses fictions américaines, le film s’ouvre et se clôt par l’entrée dans la ville et le panneau indicateur. Ici, ce n’est pas un bled du Texas ou du Nouveau Mexique mais Boulogne-sur-Mer et on est chez les prolos de l’Hexagone : l’usine, le mobil home, l’appartement social, le petit pavillon, acquis à crédit avant chômage. La France des vaincus et parmi eux, les femmes, plus vaincues encore !

De ce marasme qui aurait pu faire le sujet d’un film social, Mauduit a voulu réaliser une comédie rock and roll ! Et c’est plutôt réussi : le cinéma donne leur revanche à ces femmes qui ne s’en laissent plus conter par les hommes. Elles sont sans peur, sans culpabilité, découvrent dans leur complicité une relative solidarité. Certes, cette revanche passe par l’argent et l’individualisme. Et, loi du genre oblige, ces femmes se substituent aux hommes dans des rôles, somme toute, semblables. Mais ne boudons pas notre plaisir devant ce carnage joyeux et jouissif qui s’autorise les coups bas aux attributs mâles !

ELISE PADOVANI
Février 2019

prix de la presse Globes de Cristal festival du Film de comédie de l’Alpe d’Huez

Rebelles, de Allan Mauduit, sort en salles le 13 mars (1h27)

* Le test de Bechdel vise à mettre en évidence l’éventuelle sur-représentation des protagonistes masculins ou la sous-représentation de personnages féminins dans une œuvre de fiction. Il repose sur trois critères : il doit y avoir au moins deux femmes, qui parlent ensemble, et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme.

Photo 1 : Rebelles_5 © Albertine Productions
Photo 2 : Rebelles_1 © Elsa Seignol